Viviane Ciampi/Idée de la poésie XXI

(si j’avais su je serais allée chez le coiffeur)

Viviane Ciampi, qui émet l’Idée de la poésie numéro XXI, habite Gênes, a grandi à Lyon, d’un père toscan, d’une mère française, deux langues à aimer. Si je lis trop vite, volontairement trop vite, ce qu’elle nous écrit, je garde l’idée d’une poésie préexistante au poème, d’une poésie révélée par le poème. Le processus d’écriture suit la sédimentation de traces de la réalité comme autant d’éléments poétiques que le poète saisit par la langue, jusqu’à l’objet poème. Cette idée de la poésie propose donc une définition de la poésie qui n’est pas littéraire -seul le poème est de la littérature- ; la poésie, ici, est de l’ordre du regard, du rapport au monde, me paraît-il… OB

 

Autoportrait (avec du flou)

Elle hésite à donner trop de détails, puisqu’elle elle aime le flou. Mais soit : c’est une femme-enfant qui n’a pas passé l’âge de raison, captant sur un banc les échos du non-sens. Capable de rester des heures sous un arbre nommé olivier, pour rien, pour le plaisir. Ses amis sont des ânes bilingues ; des âmes égarées ; un cheval blanc de Toscane transportant du Chianti ; des hommes et des femmes repus d’incertitudes. Quelquefois, des paysans-philosophes. Elle a cette qualité d’écoute qui consiste à ne pas étrangler les mots des autres. Son cou n’est pas aussi long que la tour de Pise où elle jouait à cache-cache chaque année au mois d’août. Aucune animosité dans sa voix, aucun poison dans ses propos, sauf quand elle croise des constructeurs de murs. Et vous, parlez-lui avec douceur, c’est mieux. Côté survie, la signora mange des quenelles à Lyon et du pistou à Gênes. Plus à Gênes d’ailleurs. Enfance et adolescence dans une longue liste de questions, de déménagements, de langues mélangées. Elle écrit à voix haute car à voix basse elle ne s’entend pas. Elle raconte d’anciens baisers lancés au vif de peu de cœurs mais jusqu’à l’excès, comme une victoire sur le néant. Quand elle parle italien, elle marche avec délicatesse. Quand elle parle français, elle se souvient qu’il ne faut pas prononcer le «  p » du mot « dompteur ». Dans la photo – ça ne se voit pas – mais ses côtes se sont brisées en dégringolant dans les escaliers d’un poète. Elle en déduit que la poésie est dangereuse ; dangereuse aussi pour d’autres raisons. Toujours dans la photo, elle pointe du doigt le soleil qui concentre – mine de rien – ses rayons de mise à mort. Cependant, chaque matin elle prépare en secret tous les éclats de rire du monde.

Idée de la poésie (là on ne rigole point, qu’on se le dise)

La poésie est une question de sédimentation me semble-t-il. Elle existe en nous, elle s’écrit en nous, entre chacun de nous. Puis, c’est le tout puissant révélateur de la langue, la mise en écoute des grandes questions qui nous agitent, la mise en branle des certitudes, la mise à mort du bavardage. Elle renforce la qualité du regard. C’est aussi, un souffle, une jubilation, une pulsion, des expérimentations visuelles et sonores car j’aime écrire et dire au plus près du corps, faire aussi en sorte que la poésie s’éloigne du Tedium vitae et puisse pour quelque instant s’évader du livre, puis y retourner de plus belle quand bon lui semble. Lorsque je suis triste, ou si j’ai mal dormi, ou si j’entends des choses atroces à la radio, je me dis des vers de Dante ou de Baudelaire, intercalant les deux langues puisque j’ai la chance d’être bilingue depuis mon enfance, et voilà que ma journée change comme si j’avais mis la tête sous l’eau froide. Ce qui ne veut pas dire que j’éloigne de moi les problèmes du monde, bien au contraire, j’y puise une énergie nécessaire pour y faire face. Ce matin, à un arrêt d’autobus, il s’est mis à pleuvoir et je n’avais pas de parapluie, ce qui m’ennuyait un peu. Soudain, je me suis souvenue d’un vers de Guy Goffette qui disait « oui, à ce jour neuf jeté dans la corbeille du temps, il pleut ». Là, j’ai pensé à cette pluie comme à un cadeau. Et c’est plein de cadeaux que l’on reçoit grâce à la poésie.
Poème inédit (à lire par l’intérieur des mots) (il n’est pas dit qu’on regarde les spectateurs en lisant)
(leggere dall’interno delle parole) (non è detto che si guardino gli spettatori leggendo)

CIÒ CHE VEDO

Vedo in lingua pezzo di corpo vedo in corpo caduta e rimbalzo vedo in buco getto d’angoscia vedo in sguardo pioggia interiore vedo in cuore colpo di spada vedo in gioia oggetto mentale vedo in giorno di’ una data vedo in voce che tutto tace vedo in uovo segreto dentro vedo in altro specchio dell’uno vedo in parola il vibratorio vedo in dito il sì il no vedo in fieno postura di gallo vedo in aria puntura di cielo vedo in schiena acciaccatura vedo in parte pezzo di pane vedo in paura effetto-vertigine vedo in chiave porta di niente vedo in tutto campo di vacche vedo in lasso il peso del tempo vedo in lama foresta di lacrime vedo in letto una volta ancora vedo in perfetto seni di marmo vedo in castello regina annoiata vedo in scarpa le trincee vedo in papavero buon sangue di cose vedo in assente mistero d’assenza vedo in corda verso di poeta vedo in cippo voglia di marcia vedo in tribù primavera di parola vedo in smorto color di velo vedo in pagina il frequentabile vedo in folla vento di vendetta vedo in maestro dopo di lei vedo in vita vivisezione vedo in alto la bocca d’ombra vedo in fuoco la soluzione vedo in ti vedo che ti vedo e tanta voglia di vedere ancora.

 

CE QUE JE VOIS

Je vois dans langue morceau de corps je vois dans corps chute et rebond  je vois dans trou jet de douleur je vois dans regard pluie intérieure je vois dans cœur le coup d’épée je vois dans joie objet mental je vois dans jour dites une date je vois dans voix que tout se tait je vois dans œuf secret dedans je vois dans l’autre miroir de l’un je vois dans mot le vibratoire je vois dans doigt le oui le non je vois dans foin posture de coq je vois dans air piqûre de ciel je vois dans dos grosse courbature je vois dans part morceau de pain je vois dans peur effet-vertige je vois dans clé porte de rien je vois dans tout prairie de vaches je vois dans laps le poids du temps je vois dans lame forêt de larmes je vois dans lit encore une fois je vois dans parfait des seins de marbre je vois dans château ennui de reine je vois dans chaussure  les tranchées je vois dans coquelicot bon sang des choses je vois dans absent mystère d’absence je vois dans corde vers de poète je vois dans borne désir de marche je vois dans tribu printemps des mots je vois dans morne couleur du voile je vois dans page le fréquentable je vois dans foule vent de vengeance je vois dans maître après vous je vois dans vie vivisection je vois dans haut la bouche d’ombre je vois dans feu la solution je vois dans je vois que je te vois et tellement d’envie de voir encore.

Biobibliographie (soudain, on se rappelle) (car mémoire dépecée)

Poète, traductrice, performeuse, auteur-compositeur-interprète, Viviane Ciampi est née à Lyon d’un père toscan et d’une mère lyonnaise. Elle grandit en se « babélisant » en italien et en français  dans la maison d’une famille d’artistes où vivent parents, grands-parents, arrière-grands-parents. Son arrière-grand-père, anarchiste,  émigre en France pour fuir le fascisme. Sa mère est danseuse classique ; son père chanteur. Le goût de Viviane pour le verbe se nourrit de l’intérêt de son père pour la parole chantée des poètes, lui qui part dans de longues tournées avec Charles Trenet, en chantant dans la première partie de ses spectacles. Sa passion pour la musique surgit à partir de celle de son grand-père, un nostalgique du pays toscan, qui lui apprend toutefois à se méfier du culte de l’identitaire et lui fait découvrir les grands opéras italiens à la radio. Dans les années 70, elle fait le voyage inverse de ses grands-parents pour vivre en Italie, à Gênes, par amour.
Dans la volonté de repenser la lecture poétique, elle met en espace sonore ses poèmes se servant de bruitage, de sa voix chantée, murmurée, démultipliée ou en échos stratifiés.

https://progettogeum.org/shared/geum/02-Le-Ore.mp3
https://progettogeum.org/shared/geum/03-L-Orizzonte.mp3
https://progettogeum.org/shared/geum/Viviane-Ciampi-Tra-V2.mp3
Fréquente volontiers l’insomnie poétique qui lui permet d’écrire nombre de livres plus ‘littéraires’. Le dernier en date est D’aria e di terra (Ed. Fili  d’aquilone, 2016, Rome), ainsi qu’une anthologie des poètes du Québec aux mêmes éditions. Elle a traduit un florilège des poèmes de Alda Merini pour « Inuit dans la Jungle » revue annuelle de Jacques Darras et Jean Portante (Ed. Le Castor Astral).
Parmi les poètes français traduits en italien : Jacques Darras, Bernard Noël, Patrick Dubost, Dominique Sorrente, Ariane Dreyfus, Patricio Sanchez, Jacques Rebotier, Edith Azam, Michel Thion, Bruno Geneste et Paul Sanda.
Elle chante et écrit des chansons hors des modes et hors du temps, (paroles et musiques) en italien
https://www.youtube.com/watch?v=WIMuKYPROlU aussi bien qu’en français.
Dernièrement elle a mis en musique  « La fontaine de sang » de Baudelaire
https://www.youtube.com/watch?v=K1-atS9vZko
Rédactrice en particulier dans www.filidaquilone.it et www.progettogeum.org
Elle fréquente régulièrement les festivals poétiques dont le Festival International de Poésie de Gênes « Parolespalancate » de Claudio Pozzani (elle fait partie depuis 20 ans de l’équipe des traducteurs et présentateurs), « Altramarea » à Tellaro, Le Printemps des Poètes, Rencontres des Suds et Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée. Après avoir été poète invitée a Voix Vives en 2014 dans les éditions de Sète, Gênes, Sidi Bou Saïd et Savona, elle rejoint l’équipe des animateurs et traducteurs de Voix Vives à Sète, en 2015.  Prix littéraires, revues… allez, on ne va pas faire plus long !
viviane.c@alice.it  (ne m’envoyez pas de livres, je ne sais plus où les mettre).
https://www.facebook.com/viviane.ciampi  (pour les curieux et ceux qui n’ont rien à faire).

 

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Jean-Claude Martin/Une Idée de la poésie XX

JCM nous tournant le dos en Cappadoce…

Pour la Vingtième Idée de la poésie, Jean-Claude Martin, Président de la Maison de la poésie de Poitiers, nous livre ses réflexions, à rebours…

Il a inversé la formule, biographie en introduction dissociée de la bibliographie, changé l’autoportrait en selfie et surtout, il dit ne pas aimer la poésie qui, même, le « fait chier », c’est tout dire ! Et puisque c’est tout dire, je vous invite sans plus attendre à lire ce très charmant bonhomme, ce poète, Président de maison de la poésie que la poésie « fait chier »… et je vous avoue que moi-aussi, parfois, elle me fait… mais chut !

Biographie

Je n’aime pas les biographies.

Résumons : né en 1947 à Montmoreau (Charente). A travaillé de 1975 à 2007 à la bibliothèque universitaire de Poitiers. Depuis fin 2005  président de la Maison de la Poésie de Poitiers. N’a écrit (publié) que des poèmes en prose (influences dans les années70, après le surréalisme, de Ponge, Michaux, W.C. Williams, les objectivistes américains, etc.). A toujours rêvé d’écrire autre chose que de la « poésie ». Y est rarement parvenu…  (Autres passions – entre autres — : le théâtre, la course automobile, la mousse au chocolat…)

 

Selfie

J’aime pas non plus les selfies.

Si tu me le permets, Olivier, j’aimerais plutôt te proposer ce portrait vu de dos d’un individu habillé de sombre entrant dans un paysage étrange et lunaire (« lunatique » conviendrait mieux). En plus, je parais sur cette photo bien plus grand que je ne le suis en réalité (comme tous les petits, je n’aime pas être petit). En fait, c’est ma femme qui a pris cette photo lors d’un voyage en Cappadoce (Turquie). Si on veut me voir « de face », on peut aller sur le site de la MEL (Maison des Ecrivains et de la Littérature), ou sur internet, en faisant le tri de tous les autres Jean-Claude Martin qui existent…

(J’oubliais : je hais aussi mon nom ! Aïe! Aïe! Aïe!)

 

Mon idée de la poésie

Comme de bien entendu, je n’aime pas la poésie !

On pourra à juste titre me traiter de menteur et d’hypocrite, puisque j’ai publié plus d’une vingtaine de livres sous cette appellation, et suis même président depuis plus de dix ans d’une maison dite « de poésie » (« La tolérance, y a des maisons pour ça ! » écrivait Claudel. La poésie, y aurait-il donc aussi des maisons pour ça ?).

Bref, à chaque fois j’en étonne ou scandalise quelques-uns, mais la poésie, je l’adore, en même temps qu’elle me fait profondément chier.

Pour des raisons d’ego mal réprimé: j’aurais voulu être écrivain, écrire des trucs (des romans, quoi !) que plein de gens inconnus liraient et qui me rapporteraient beaucoup de sous, être connu, reconnu, invité à la télé, etc. Râpé. Y a pas plus SDF (et groupuscule) dans le monde littéraire actuel que la poésie !

Pour des raisons « intellectuelles » : dans les médias, le grand poète actuel est…  Grand Corps Malade (dans ma jeunesse, c’était ce faux rebelle de Brassens – qui ne vaut pas mieux), et dans les élites intellectualisantes (profs de facs de lettres et assimilés), les poètes importants sont des  adorateurs du nombril, qui « travaillent la langue » comme ils disent, et façonnent des potiches vides de tout. Exemple (à mon avis bien sûr): Christian Prigent.

Bref, j’ai toujours eu des sentiments ambivalents vis à vis de la poésie (et de ce qui l’entoure). Pour résumer cela (quoique de manière trop lyrique et mystique encore), je citerai un texte écrit il y pas mal d’années pour la revue « Poésie présente » de René Rougerie (repris en 1999 dans le recueil »Raison garder » paru au Dé bleu) :

 

Comme tous ceux qui tournent autour de cette pauvre fille appelée « poésie », je n’ai jamais cherché à savoir qui elle était. Je l’ai haïe, dénigrée, vilipendée : elle m’a fait honte avec sa robe de quatre sous qui n’attire que les chiens. De plus chatoyantes compagnes j’ai rêvé. Mais toujours elle fut là au bord du chemin avec sa gourde pour la soif et la fièvre, son chapelet de clés dont certaines, paraît-il, ouvriraient les portes des prisons. Et il m’en a fallu des doutes et des détours pour m’apercevoir qu’au bout de la route elle était la plus belle, dénudée, et la seule que j’ai aimée.

 

Petit ajout, puisque la poésie reste quand même pour moi d’abord une pratique littéraire, je dirais qu’elle se singularise dans mon cas par une immédiateté. Je peux avoir une idée de nouvelle, de pièce de théâtre, etc. Je la note… Elle peut attendre ensuite plusieurs jours, semaines ou mois avant d’être écrite, construite, « rédigée ». Le poème, non. Des mots, une phrase viennent : je dois réaliser le poème (son premier jet) dans l’instant. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y aura pas ensuite des relectures, des retouches, des refontes – parfois pendant plusieurs années. Mais dans un poème, les mots doivent être là au départ, aucun ne doit être inutile. Aucun superfétatoire. Couper, couper, couper… jusqu’à réduire à la « substantifique moelle ». Ce qui est le contraire du travail d’un romancier où les digressions sont nécessaires. Tant pis pour moi !

 

Inédits

      Jean-claude Martin : quelques ciels inédits

                                  (2016)

 

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Une journée bleue sur laquelle rien n’a encore été écrit. Ni cirrus ni stratus ni nimbus. Pas même de paraphes d’avions. Automne indulgent. Le Grand Notaire nous gâte. N’a pas pris de commission aujourd’hui. Nous autorise à jouir de la rousseur des choses. Bien sûr, l’averse est dans les dossiers. La tempête. L’ouragan… Jouissons.

 

………………………………..

 

Immobile. Nous jurons tant par vitesse  que l’immobilité nous surprend. Le ciel est immobile, le vent semble immobile. Aujourd’hui… Bien sûr, rien ne s’arrête. Il est seulement doux de  croire que le ciel, le temps peuvent être en arrêt… Puis l’arrêt est suspendu. La mort est immobile ?

 

………………………………………

 

Le ciel ne répond à aucune question. N’est pas compassionnel pour deux sous. Brille aux enterrements, pleut aux naissances – L’église n’a pas eu tort d’inventer Jésus-Christ. Je ne sais comment j’aimerais qu’il soit aujourd’hui. Un petit soleil me plairait assez…

 

 

Le bruit de la vie est gênant. De l’autre côté de la vitre. De l’autre côté de la forêt. On aimerait n’être que soi à respirer. Le bruit de la ville est un tourment. Regret, reproche, ressassement. Moteurs qui passent. Laissez-moi encore du temps…

 

…………………………….

 

Feuilles tombées. Sans sépulture. Abandonnées aux boues, aux bottes. Dieu reconnaîtra-t-il les siennes ? Tes bras sont nus comme des branches mortes. Tant de visages disparus…

 

……………………………..

 

 

Le jour passe insensiblement du gris au sombre, sans s’apitoyer sur les nuances. On se croirait à sept heures du matin. Quand l’aube a des airs de papier huilé. De linge sale. On n’a pas levé la tête vers grand-chose aujourd’hui. Trop tard. Aucune lampe ne nous sauvera.

 

 

………………………………..

 

 

Dans un ciel bleu et chaud, on attend un nuage.

Dans un ciel gris et froid, on espère un soleil.

Même le ciel ne réunit pas les hommes !

 

Bibliographie éventuelle (réduire si besoin)

 

Théâtre

Je n’ai jamais pris l’autobus (Editions de l’Aiguille, 2014)

D’Eux (Editions de l’Aiguille, à par. 2017)

Nouvelles

De légers signes de la main (Atelier du gué, 1981)

Château fable (L’Escampette, 2011)

Poésie

Pour solde de tout conte (Le Dé bleu, 1981)

En chemin (Solaire / Fédérop, 1985)

Saisons sans réponse (Cheyne,1986 – Prix Roger Kowalski -Ville de Lyon 1986)

Plus d’un âne s’appelle Martin (Verso, 1988)

Le tour de la question (Le Dé bleu / Le Noroît, 1990)

Laisser fondre lentement (Rougerie, 1994)

Un ciel trop grand (Le Dé bleu, 1994 – Prix du Livre en Poitou-Charentes 1995)

Raison garder (Le Dé bleu, 1999)

Ciels de miel et d’ortie (Tarabuste, 2000 – Prix Louis Guillaume du poème en prose 2001)

Carnet de têtes d’épingles (Carnets du dessert de lune, 2002)

Ciels de miel et d’ortie II (Tarabuste, 2006)

Le Beau rôle (Wigwam, 2009 )

Tourner la page (L’Escampette,  2009)

Tourner la pagetraduction en arabe par Maram Al-Masri (Damas : Attakwin, 2011))

Carnets de têtes d’épingles (réed. rev. et augm. – Carnets du Dessert de Lune, 2011)

Ciels de miel et d’ortie I, II et III (réed rev. et augm. –  Tarabuste, 2011)

Rien ne sert de mourir (Gros textes, 2014)

Tourner la pagetrad. en espagnol par Cristina Madero (Mar del Plata : Editorial Martin, 2015)

Que n’ai-je (Tarabuste, 2016)

* On peut voir aussi une plaquette réalisée en 2007 par le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes (visible sur www.calameo.com) Et une vidéo (2009) fimée par Les Yeux d’Izo (visible sur le site du Centre du livre en Poitou-Charentes (www.livre-poitoucharentes.org) et sur Daily motion.)

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Sus lei piadas de l’Absenta/Sur les Pas de l’Absente, par Matthieu Poitavin

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Beau livre que celui de Matthieu Poitavin, livre de mots en courts textes d’Oc et d’Oïl, poèmes peut-être, écrits à l’occasion d’une halte ferroviaire imprévue à Nîmes lors d’un trajet banal vers Orange, la ville, que l’on suppose ville de tous les jours, alors que Nîmes… L’anecdote, réelle ou fictive, ouvre sur un retour au pays natal, le pays familial, le pays du mas de l’enfance, le pays de la langue mère, l’occitan, épousée après l’adolescence.

Il y a les mots de Matthieu Poitavin, il y a aussi les photographies noir et blanc de Stéphane Barbier; photographies de petites zones de clarté, de lumière, au sein du noir très noir. Lumière qui comme le texte agit par bribes, parcelles signifiantes d’un tout qui se dit pudiquement, pourtant totalement.

Matthieu Poitavin, lors du vernissage de l'exposition Sus lei Piadas de l'Absenta, à la librairie l'Orange bleue d'Orange

Matthieu Poitavin, lors du vernissage de l’exposition Sus lei Piadas de l’Absenta, à la librairie l’Orange bleue d’Orange

je me souviens, moi-même, de ce patois que parlaient mes grands-parents et leurs amis entre eux, ici dans le Comtat, là-bas à Minerve; ils l’appelaient ainsi, le Patois. Je les comprenais ; je n’ai jamais parlé leur langue, quelques expressions, c’est tout, c’est très peu. J’aime parfois saluer en fin de courrier un ami, d' »adesias », et ça s’arrête là.
Alors, je dis merci à Matthieu Poitavin pour ce retour vers la langue mère, qu’il a su entreprendre à temps, et que j’aime souligner ici, sur ses pas.

En commande ici :
http://www.editions.atelierbaie.fr/beaux-livres/79-sus-lei-piadas-de-l-absenta-9782919208395.html

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« Foutaisez-vous », dit Jean-Marc Proust !

fout

Et bien, non ! Pourquoi obéir simplement à cette injonction furax, fautive et novatrice ? Questionnons-nous plutôt sur ce souci coercitif, cette brutale adresse envers nous tous à aller nous faire foutre, peut-être, ou nous taire pour nos foutaises présumées, ce qui sans doute revient au même. « Foutaisons-nous ! », je le confirme, quant à moi, non !
Non, car l’agglomérat de mots, de formules, d’images « foutus » dans ce fichu recueil entraîne chez moi une sacrée jubilation.
Pas de ponctuation, de gros paquets de mots rangés, dérangés qui finissent par déranger, effectivement, et font sauter les limites de nos cases mentales, comme nous ne l’aurions jamais fait.
Poésie donc, puisque bien au-delà du déversement lexical, Jean-Marc Proust bouscule, avance, provoque, nettoie de fond en comble notre quotidien, notre actualité, nos références.
Je n’en dirai pas plus ; un tel ouvrage ne se décrit pas mais doit se prendre en pleine face comme toute injonction bien sentie.
Alors, « Foutaisez-vous, vous-mêmes ! »

Jean-Marc Proust, Foutaisez-vous, aux éditions Rafaêl de Surtis.

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Christian Degoutte/Une Idée de la poésie XIX

 A Séville

Il y a peu, Christian Degoutte, discrètement, aimait l’Idée de la poésie de Roselyne Sibille (la toute dernière) ; je lui demandai alors s’il accepterait d’être le suivant… Trois semaines plus tard, j’avais un grand sourire à la lecture des mots de Christian : 1. Pas de selfie, 2. Envier le coeur de Lucie, 3. Ecrire c’est déblayer, 4. Le poème comme objet de plaisir… Quatre bornes suffisantes pour cerner le bonhomme, poète privilégiant l’anecdote et le « contrepied à la citation » pour définir sa poésie, poète à l’intègre distanciation, poète du quotidien, dit par lui-même entre les montagnes du matin et les montagnes du soir. Poète au prosaïsme jouissif, offrant en réponse aux raisonneurs le jus joyeux de mots pris devant la porte, façon de parler… OB

 

 

 

Autoportrait ?
L’idée de me faire selfie ne m’ayant jamais effleuré, j’aurais été bien en peine de tracer mon autoportrait, si un voisin, installé depuis cet été dans le quartier, après les politesses d’usage (ce matin 7 novembre 2015) ne m’avait apostrophé : je vous ai vu sur YouTube.
Ah ?! Cette interjection toute intérieure, sans me départir du sourire bête du bon voisin, c’est le surgissement, que je reconnais aussitôt, de deux sentiments contraires :
1) une gêne que je n’arrive pas à dépasser (la pratique du poème est ridicule, impudique, sournoise, perverse, etc.) Le reflex d’autodéfense que je me suis inventé (en vrai piqué à Giorgio Caproni) : euh je suis un écrivain en vers alors…je ne m’en suis jamais servi ; je sais que ce combat est vain : un écrivain fait de vrais livres.
2) une curiosité avide : vous m’avez vu, mais m’avez-vous écouté ? Parce que j’imagine que mon voisin est tombé sur la vidéo, que je n’ai jamais regardée, de mézig diffusée par Guy Ferdinande. Comme si le portrait vrai d’un écrivain en vers devait aussi être sonore, tel cet extrait de Sous les feuilles dit par une voix féminine sur le site de l’éditeur p.i.sage intérieur.
Sur la photo, j’attends Laura. Elle s’est arrêtée, voici quelques dizaines de mètres, pour photographier la devanture pittoresque d’un magasin de robes flamenco. A cette vitrine multicolore, j’ai préféré la foule hivernale qui piétonne dans Séville. Me montre-t-elle, cette photo d’une Laura espionne, tel qu’on me voit ou tel que je me rêve ?

Idée de la poésie

La poésie par l’anecdote :
Remercions la poésie, c’est un art ouvert à tous. Un après-midi d’août (air en feu, volets tirés, pénombre jouissive) à l’heure du café et des biscuits, Tante Lucie, de St Loubès, me donne à lire, pour la sieste, un cahier illustré. C’est son Canzionere, tous ses poèmes inspirés par la naissance de ses petits-enfants, la perte d’une amie, l’éclosion d’une rose, etc. Des poèmes naïfs, pleins d’expressions convenues, à la prosodie simpliste ou scolaire et laborieuse. Le soir, il faut dire ce que j’en pense. Parce que j’en fais aussi (ma femme, sa nièce, lui a sûrement soufflé ça en confidence) ? Surtout parce qu’instituteur, je suis bon juge de l’écrit ( ?!) Je dis à Lucie que ses poèmes sont à la source de la poésie, d’une âme sincère, des trucs comme ça (je ne mens pas : Lucie est une femme généreuse), mais que l’esthétique d’aujourd’hui est différente. Plus tard, je lui envoie du F. de Cornière et du G.L. Godeau. Sûrement elle n’en a rien fait : il était trop tard pour qu’elle cesse d’être une fillette en poésie. Mais je l’avoue : il m’arrive de me sentir plus à l’aise avec les poèmes de Lucie qu’avec bien des pages publiées (les revues sont pleines de futurs prix Nobel). D’envier l’écolière, le cœur de Lucie.

La poésie par des citations :
Michel Merlen cite Reverdy : un poème est donné tout de suite. Je crois le contraire. Je crois qu’on est tellement encombré d’images, d’idées toutes faites, que le poème n’apparait que lorsqu’on a réussi à déblayer des tonnes de scories, de déchets, de poubelles. J’ai le sentiment qu’écrire c’est déblayer.
Bernard Noël affirme que, dans un poème, le son n’a de sens. Intellectuellement, cette phrase, qui fait du poème un objet de raison, est peut-être juste, mais elle m’indigne. Comme si on me refusait une part de la poésie : celle qui s’adresse aux sens. Celle qui fait du poème un objet de plaisir, d’ivresse.
La différence entre la musique et le langage réside avant tout en ce que nous cherchons à établir un rapport esthétique avec la musique (elle doit nous « plaire ») alors que notre rapport avec le langage est surtout d’ordre sémantique (nous cherchons à le comprendre). Il y a longtemps que j’ai relevé cette phrase ; dans quel bouquin, je ne sais plus. Sur l’instant, elle illuminait le poème. Je n’en suis plus si sûr.

Poème inédit :

L’invitation

L’explosion photographiée d’un vieux cerisier
c’est le bas de l’azur déchiré par le premier
feu du matin – un nuage qui dure –

Pincée à l’ourlet par un pli de la montagne
la robe d’une mariée laissée au loquet
de l’air – quelque chose qui éclaire toute
la respiration – fait courir pour se glisser
nu dans cette ampleur – puisqu’on le doit – le corps
dansé à l’intérieur par chaque respiration –

Derrière la vitre souillée du bus scolaire
une fillette accompagne des yeux le vieux
cerisier flottant sur les lointains bleus du fond
du ravin –

Chalmazel – St Georges-en-Couzan

Bio-bibliographie :

j’habite à quelques pas de la Loire. Pile entre les Montagnes du Matin et les Montagnes du Soir. Sur les marches tantôt du Forez, tantôt du Beaujolais…

Derniers titres parus :
Trois jours en été, L’escarbille, 2002
Henry Moore à Nantes, Wigwam, 2002.
Voyage avec un vélo à travers le Forez pour aller chez Laura, Polder / Décharge, 2003.
Poètes d’aujourd’hui en Rhône-Alpes (Maison de la Poésie Rhône Alpes – Le Temps des Cerises), 2005.
La poésie de A à Z, par Jacques Morin, Rhubarbe, 2010
Il y a des abeilles, nouvelle édition, éd. Le Pré Carré, 2012.
Des oranges sentimentales, éd. Gros Textes, 2013.
Sous les feuilles, éd. P.i.sage intérieur, 2013.
Jour de congé (avec des images de Jean-Marc Dublé) éd. Thoba’s, 2015

Chronique régulière « En Salade » dans la revue VERSO (Lyon)

contact : degoutte.christian@wanadoo.fr

Dépositions, le blog d’Olivier Bastide

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Roselyne Sibille/ Une Idée de la poésie XVIII

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Roselyne Sibille est quelqu’un de discret. Je la vois depuis des années lors de Trace de poète à L’Isle-sur-la-Sorgue, mais nous nous sommes réellement parlés il y a peu ; c’est parfois ainsi… Sans doute, sa réserve n’y est-elle pas pour rien.

Cette réserve qui donne le ton de sa poésie, une poésie de l’écart, une poésie qui entend toucher le coeur des choses par le biais inattendu.

Roselyne Sibille nous convie à ce que d’aucuns nommeraient rêverie ; acceptons le terme en lui adjoignant la force du sentiment, de la pierre et du vent pour tenir sans ambages avec elle une discussion des plus concrètes, sur le sens du chemin… OB

 

Autoportrait

Voilà comment elle est :
renaissante aux prairies
glissant avec les nuages
en arrêt tête levée
éblouie de rossignols

Non, voilà comment elle est :
creusant la nuit avec les ongles sous la peur
à la dérive entre ses tempes
sans appui et sans mots

Non, voilà comment elle est :
jubilante  curieuse picorant l’inconnu
la couleur des kumquats

Non, voilà comment elle est :
recouverte de boue
rongée par le réel
minuscule  sans socle

Non, voilà comment elle est :
fille des moissons
attentive aux sources
sans regard en arrière

Non, voilà comment elle est :
les pieds bétonnés
face au désertique
disparue et muette

Non, voilà comment elle est :
renaissante du rien
inventant des parenthèses
dans un véhicule à venir

Non, voilà comment elle est :
écorce retournée  exsangue  millénaire

Non, voilà comment elle est :
Abasourdie  à genoux devant l’enfant
espérant l’alphabet et le matin

Non, voilà comment elle est :
Démaillant le filet
esquivant  en apnée  solitaire et sauvage

Tu la vois et tu ne la connais pas

 

Idée de la poésie

La poésie est pour moi un angle de respiration avec le réel, une façon de vivre, de regarder et d’aborder la vie qui la rend moins frontale, plus vaste, plus ouverte, plus dense. Ainsi chaque attitude, et chaque expression artistique peut, ou pas, être poétique.

La poésie n’est évidemment pas dans la forme, elle est dans cet écart avec le connu, l’attendu, la description. Les mots permettent la cristallisation de cette expression créative. Ils offrent un aperçu de l’univers poétique de chacun. Ils sont comme sa voix, particulière.

La poésie permet de dire ce qui est extrêmement difficile à dire et qu’on ne pourrait exprimer aussi bien en prose. Elle n’est pas dans l’enrobage du discours, elle n’analyse pas et va souvent vers l’essentiel. Grace à son décalage, son mystère, elle percute plus vite et plus exactement. Elle touche ailleurs en nous, comme la danse, la musique, la sculpture…

Puisque jamais on ne pourra montrer le tout, la poésie éclaire un instant, creuse, décape, révèle un fragment, une ombre, un reflet, un abîme. Une image, un mot placé justement là, une association inouïe provoquent un choc fructueux que rien d’autre n’aurait pu produire dans l’esprit. L’écho d’un poème peut durer longtemps, nous affiner, nous enrichir.

Chaque humain, et bien sûr chaque auteur, porte en lui une ou plusieurs énergies. Je ressens dans mon écriture comme des voix diphoniques : l’une subtile, délicate, souvent minimale, et l’autre intense, venue de je ne sais quels tréfonds de l’être. Elles m’habitent et se manifestent dans des poèmes très différents et complémentaires les uns des autres. Ces voix m’étonnent, m’intéressent. Je tente de les déployer. En voici deux exemples, extraits du recueil « Ombre monde » :

J’habite entre deux ombres dont je cherche le nom

Je voudrais savoir leur parler comme les papillons
connaître le chant des plumes qui s’appuient sur le vent
m’approcher de la fête
devenir liseré
me pencher dans l’échancrure de la lumière

***

Son ombre marche vers moi
harassée
harnachée de becs

Une ombre lasse de marcher

Elle s’est allongée sur le versant de la nuit
enserrant le chuintement bleu des lichens
et un tigre fou

L’ombre a roulé sur elle-même
avalant le chant des serpents
dans les moissons violines

A glissé vive au creux d’un puits
avec les corbeaux indécis
aux yeux glacés

(Extraits de Ombre monde – Editions Moires (Collection Clotho – 2014)

 

 

Poème inédit

Dans une boule de rubans déchirés
nous suivons parfois
du bout du doigt
comme on déchiffre
en tâtonnant
les lignes emmêlées

Nous prenons le temps
mains appliquées
à comprendre un nouage
la danse entre les signes d’un alphabet étrange
qu’on invente en avançant
entre les vides et l’incertain

Elles sont ainsi les caisses fragiles
où l’on peut abriter
le temps d’un souffle
des bribes de secrets

Quand nous sortons
la lumière est plus douce
les collines apaisées

Nous reposons la boule d’enfance
légère  dense
et gardons l’incompréhensible
chiffonné au cœur

 

 

Bibliographie

2001 – Au chant des transparences, lavis de Bang Hai Ja, Éd. Voix d’encre
2005 – Versants, préf. Jamel Eddine Bencheikh, Éd. Théétète (avec le concours du CNL)
2006 – Préludes, fugues et symphonie, Éd. Rapport d’étape (Librairie française de Venise)
2007  – Tournoiements, Éd. Champ social
2007 – Un sourire de soleil, Éd. bilingue (franco-japonaise) parue au Japon. Photogr. Hélène Simmen, trad. Masami Umeda
2009 – Par la porte du silence, recueil trilingue (français-anglais-coréen), co-éd. Musée Gyeomjae Jeongseon / Centre Culturel Toji, publié en Corée du Sud. Peintures Bang Hai Ja, trad. de Michael Fineberg et Moon Young-Houn
2010 – Lumière froissée, encres de Liliane-Ève Brendel, Éd. Voix d’encre
2011 – Implore la lumière, peintures de Sylvie Deparis, Éd. SD (Bibliophilie)
2012 – L’appel muet, Éd. La Porte
2012 – Dans le vide murmurant des silences, gravures Hélène Baumel, créations de verre Laurence Bourgeois (Bibliophilie)
2013 – La migration des papillons, Éd. La Porte (co-auteur Sabine Huynh)
2014 – Ombre monde, Ed. Moires (avec le concours du CNL)
2014 – Chaque jour est une page, Éd. La Porte
2014 – Prière à l’esprit de l’arbre, gravures Brigitte Pérol (Bibliophilie)
2015 – Les ombres dansaient, gravures de Yannick Charon (Bibliophilie)
2015 – Un chant pour la terre, gravures et gaufrages de Yannick Charon (Bibliophilie)

PUBLICATIONS EN ANTHOLOGIES
2002 – Éclats de Corée, Éd. Tarabuste – Anthologie Triages (avec le concours du CNL)
2012 – Pas d’ici, pas d’ailleurs : Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, Éd. Voix d’encre

PUBLICATIONS EN REVUES (Poésie et récits de voyages)
Recours au poème, Bacchanales, DiptYque, Terres de femmes, Levure littéraire, Terre à ciel, Pratilipi, Asymptote, Poetry at Sangam, Incertain regard, La Main millénaire, Ce qui reste, Culture coréenne, 17 secondes, Qantara…

CO-CREATIONS
De nombreuses co-créations avec des peintres, des plasticiens, musiciens, compositeurs, danseurs, comédiens (livres d’artistes, installations, gravures, sculptures, composition musicale et peintures manuscrites) : Bang Hai-ja, Florence Barberis, Lakshmi Bories, Hélène Baumel, Laurence Bourgeois, Liliane-Eve Brendel, Yannick Charon, Sylvie Deparis, Maïté Erra, Keun Eun-dol, Mireille Laborie, Christine Le Moigne, Dominique Limon, Estelle Meyer, Brigitte Perol, Christian Sakharov, Youl.

TRADUCTIONS (de l’anglais)
* Parues dans la revue Terre à ciel (Rubrique Voix du monde) : Zoe Skoulding, Arjun Chandramohan Bali, Priya Sarukkai Chabria, Sampurna Chattarji, Bill Herbert, Meena Kandasamy, Karthika Naïr,  Anupama Raju, Koyamparambath Satchidanandan, Raphaël Urweider
* « Desh : un voyage de création » écrit par Karthika Naïr – Ed. MC2 (Grenoble)

LECTURES MUSICALES
Elle propose des lectures musicales de ses recueils de poèmes avec le violoncelliste Christian Sakharov, ou la multi-instrumentiste Nadia Gamberini.
Versants (Editions Théétète – 2005)
Tournoiements (Editions Champ social – 2007)
Lumière froissée (Editions Voix d’encre – 2010)
L’instant tient le poème dans le creux de sa main (Création 2013)

LECTURES MISES EN SCENE
Décembre 2010 Poetry Connections (Festivals de Poésie – Chennai et Pune – Inde)
Janvier 2011 Un éternel en mouvement : « Poésie dansée » par Lakshmi Bories (Alliance française – Pondichéry – Tamil Nadu – Inde)

EXPOSITIONS PERSONNELLES
29 octobre au 5 décembre 2009 – Par la porte du silence, 26 poèmes traduits en coréen par Moon Young-Houn, accompagnés de peintures de Bang Hai Ja (Toji Foundation of Culture – Wonju – Corée du Sud)
22 décembre 2009 au 7 février 2010 – Par la porte du silence (Gyeomjae Jeong Seon Memorial Museum – Séoul – Corée du Sud)
14 janvier au 21 janvier 2011 – Livres de dialogue créés avec Youl (Alliance Française – Pondichéry – Inde)
27 juillet au 3 août 2011 – Entre racines et lumière, une danse, 13 poèmes traduits en coréen par Moon Young-Houn, accompagnés de peintures de Sylvie Deparis et 23 « Poésies graphiques » de Roselyne Sibille, accompagnées de poèmes courts traduits en coréen par Moon Young-Houn (Toji Foundation – Corée du Sud)
23 novembre au 10 décembre 2011 – Poésie vivante : co-créations avec 10 artistes – (Médiathèque Ouest-Provence – Miramas – Bouches du Rhône)

EXPOSITIONS COLLECTIVES
Mai 2009 – Expositions de livres d’artistes et peintures manuscrites réalisées avec Youl au Musée Départemental de Gap – Hautes-Alpes
29 mai au 15 juin 2009 – Expositions de peintures manuscrites réalisées avec Youl pour la manifestation Trace de Poète – L’Isle-sur-la-Sorgue – Vaucluse
14 mai au 23 juillet 2011 – Des artistes et des livres : le climat de l’artiste – Médiathèque Ceccano – Avignon – Vaucluse

RESIDENCES D’ECRITURE
2009 et 2010 : résidences d’écriture sur l’invitation de l’Association Païolive
(Les Vans – Ardèche – France)
Septembre/Octobre 2009 : résidence d’écriture en Corée du Sud
(Centre Culturel de la Fondation Toji à Wonju)
Décembre 2010/Janvier 2011 : atelier de traduction poétique avec Literature Across Frontiers (Tamil Nadu – Inde) suivi d’une résidence à Pondichéry
Juillet/Août 2011 : résidence d’écriture en Corée du Sud
(Centre Culturel de la Fondation Toji à Wonju)

Traduite en onze langues.

 

 

contact : roselynesibille.mail@gmail.com

 

Dépositions, le blog d’Olivier Bastide

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Mick Stern/Une Idée de la poésie XVII

Mick Stern est le troisième poète américain que nous fait découvrir Christian Garaud. Je retrouve chez Mick Stern une question qui me traverse, celle du tout et du parcellaire, du grain de sable et de l’agrégat. Etre infime et part du Grand tout, être si peu et tout en même temps… N’est-ce pas dans ce paradoxe poético-philosophique que réside notre plus belle vérité ? A mon sens, oui !
Olivier Bastide

 

Autoportrait

J’avais 18 ans en 1968 et je ne m’en suis jamais remis. Je n’ai jamais
voulu m’en remettre. C’est l’année où j’ai appris à quel point est
fragile la réalité. Les molécules dont je suis fait se contentent
d’improviser autour d’un thème, et je peux improviser moi aussi. Je
peux marcher autour de la plus haute montagne, voler au-dessus de la
mer la plus profonde. Je suis riche en Inde, intrépide en Suisse, et
sobre au Danemark. La seule difficulté, c’est d’avoir à me transporter
chaque jour, tous les jours, où que j’aille. Jusque dans mes rêves, il
faut que je me traîne dans la rue, en faisant semblant de ne pas voir
les regards des inconnus et les visages des amis qui ont cessé de
vivre. J’écris pour de nombreuses raisons. Hier, j’ai écrit parce
qu’il y avait du soleil. Aujourd’hui, j’ai écrit parce qu’il pleuvait.

 

Idée de la poésie

Les arts et les sciences sont tous des moyens de réfléchir sur la
manière de mettre de l’ordre, de séparer le bon grain de l’ivraie, de
trouver des schémas et de créer des catégories. Par exemple, il nous
faut une catégorie appelée “chaise” pour éviter d’être effrayé ou
perplexe chaque fois que nous voyons une nouvelle sorte de chaise.

Notre survie dépend de notre capacité d’organiser dans notre cerveau
le chaos du monde phénoménal. La musique et la danse nous révèlent de
nouveaux modèles de perceptions auditives et de mouvements du corps.
Ce désir de mettre de l’ordre est notre seule défense contre le risque
d’être submergé par les informations transmises jour et nuit par nos
sens. Et l’ordre trouvé échoue s’il ne réfléchit quelque sorte de
vérité.

La poésie est une façon de penser selon une autre logique, celle que
forment rêves, accidents, hasard et intuition. Dans les poèmes, il y
a, à des degrés divers, une tentative pour créer une nouvelle sorte
d’ordre qui ne peut être trouvé dans la linéarité des récits. La
poésie est l’incubateur de la subjectivité et de l’empathie. Pour lire
et écrire, il faut être capable de changer, de se dépasser.

Aujourd’hui, le monde est généralement hostile à la vérité qu’offre la
poésie parce qu’elle n’embrasse le dogme, ni n’augmente les profits,
de personne.

 

Poème inédit

La marche du danseur
J’adore voir un danseur marcher
sur une surface ordinaire
hors scène et hors service
Gracieux même quand il pousse un caddy
le corps spontanément
devient si détendu si léger
que la pesante loi de gravité
semble n’être qu’une rumeur
La terre tourne sous les pieds du danseur
La lune et autres satellites
ajustent leurs orbites
Tout cherche sa place de nuit
Le danseur, de retour chez lui,
coupe des tomates en tranches et fait frire des oignons
debout dans la cuisine
comme un héron faisant une pause entre le rivage
et le soleil couchant.

 

Bio-biblio

Mick Stern est né en 1950 à Columbus, dans l’état de l’Ohio
(Etats-Unis). Il a obtenu son doctorat en 1999 à New York University
avec une thèse sur la poésie anglaise de la Renaissance. Pendant de
nombreuses années, il a partagé son temps entre deux professions:
gestionnaire du web pour le Comité pour la Protection des
Journalistes, et professeur adjoint de “script writing” (écriture de
scénarios) à la New York University.

Il a écrit trois livres de poèmes: “Of All Places”(2008, Maria
Flophaus), “Fifty Thousand” (2006, Maria Flophaus), “The Chicken’s
Guide to Crossing the Road” (2012, TheWriteDeal). Il a aussi publié un
livre de nouvelles: “Get Out of Town” (2011, TheWriteDeal).

Il a collaboré avec le metteur en scène Len Dell’Amico à la rédaction
du scénario d’un film indépendant: “Welcome to Dopeland” (2005, Bird
Song). Sa courte pièce de théâtre: “Audience” a été retenue comme
finaliste au “Samuel French Short Play Festival” en 2008.

Mick Stern écrit des chansons et fait des dessins humoristiques. C’est
aussi un maître dans l’art de remettre au lendemain.

courriel : mailto:pitango@rcn.com

Idée de la poésie XVII (traduction de Christian Garaud)

Self Portrait

I was 18 in 1968 and never recovered. Never wanted to recover. That’s
the year when I learned how fragile reality is. The molecules that I’m
made of are just improvising on a theme, and I can improvise too. I
can walk around the highest mountain, fly over the deepest sea. I am

rich in India, fearless in Switzerland, and sober in Denmark. The only 
problem is that I have to carry myself every day, all day, wherever I 
go. Even in dreams I am dragging myself down the street, ignoring the 
stares of strangers and the faces of friends who are no longer living. 
I write for many reasons. Yesterday I wrote because it was sunny, 
Today I wrote because it rained.

 

On poetry

All the arts and sciences are ways of thinking about order, of 
separating the wheat from the chaff, of finding patterns and creating 
categories. For example, we need a category called « chairs » so that 
we’re not frightened or baffled every time we see a new kind of chair.

Our survival depends on organizing the chaos of  the phenomenal world 
in  our minds. Music and dance teach us new patterns of auditory 
perception and physical movement. The desire for order is our only 
defense against being overwhelmed by the information transmitted by 
our own senses day and night. And this order must reflect some kind of 
truth, else it will fail.

Poetry is a way of thinking in a logic that is shaped by dreams, 
accidents, chance, and intuition. Every poem, to some degree or other, 
is an attempt to create a new kind of order that is not found in 
linear narratives. Poetry is the incubator of  subjectivity and 
empathy.  Reading or writing it requires the capacity to change, to 
stretch yourself.

Today much of the world is hostile to the truth of poetry, because it 
does not reaffirm anybody’s dogma or increase anybody’s profits.

 

Dancer Walking

I love to see a dancer walking
on ordinary terrain,
off-stage and off-duty
Graceful even pushing a grocer’s cart,
the body without instructions
becomes so loose and light
that the law of gravity
seems only a rumor
The earth turns under the dancer’s feet
The moon and other satellites
adjust their orbits
Everything seeks its night-place
The dancer, now at home,                       
chops tomatoes and fries onions,
standing in the kitchen
like a heron paused between the shore
and sunset.

 

Bio-biblio

Mick Stern was born in the US in 1950. He received a PhD from
New York University in 1999, in Renaissance English poetry. He spent
many years dividing his time between two jobs–web manager at the
Committee to Protect Journalists and adjunct professor of script
writing at New York University’s film school.

He has written three books of poetry: Of All Places (2008, Maria
Flophaus), Fifty Thousand (2006, Maria Flophaus), The Chicken’s Guide
to Crossing the Road (2012, TheWriteDeal). Also a book of short
stories: Get Out of Town (2011, TheWriteDeal )

He co-wrote the screenplay for the indie movie Welcome to Dopeland
(2005, Bird Song) with director Len Dell’Amico. His short play
Audience was a finalist at the 2008 Samuel French Short Play Festival.

Mick Stern draws cartoons and writes songs. He is also a master of the
art of procrastination.

 

Dépositions, le blog d’Olivier Bastide

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Babel/Artedanza

Lors du gala du Centre de danse Artedanza, Elena Berti a présenté en introduction au spectacle Babel, du 7 juin 2014, un tableau chorégraphié bâti autour d’un fragment poétique qu’elle m’avait commandé. Ce fragment, traduit en de multiples langues, je l’avais mixé suivant ses voeux. Un beau cadeau émouvant que de voir et d’entendre…

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Poème de la pluie

Peinture originale/Elena Berti

Peinture originale/Elena Berti

Il pleut ce matin, interminablement. J’ai le temps. S’imposent les mots, l’écriture. Ce Poème de la pluie sera le premier d’Elémentaires, recueil poétique à écrire sur les quatre éléments aristotéliciens.

Poème de la pluie

Il pleut c’était annoncé il pleut je l’ai d’abord entendu j’ai ouvert les volets de la chambre ceux de la terrasse ceux de la cuisine essuyé les pattes du chien

J’ai mis des sabots de caoutchouc pour aller lui ouvrir le portail sa voiture a roulé dans la flaque traditionnelle les yeux ouverts j’ai retraversé le jardin pensant tout haut mes premiers mots d’un poème de la pluie

Bien sûr je les ai immédiatement oubliés mais j’en ai empruntés d’autres qui étaient là

J’avais lu dès le réveil ceux d’une amie évoquant l’éternité de la pluie la pluie qui ce matin tombe régulière douce fraîche pleine semblant résolue à ne jamais finir

Mais ce n’est qu’une idée une simple idée une pure idée peut-être à l’origine du Déluge idée enfouie dans notre tréfonds mémoriel substrat d’humanité mêlant la bête le sang l’amour les mots

Il pleut à n’en plus finir je sais comme tout un chacun qu’il n’en est rien il pleut à n’en plus finir et l’eau coule sur ma peau je la sens dans mon dos sur mes mains mes chevilles l’eau coule bruit ruisselle densifie le vert des feuillages et de l’herbe

Le sentiment insiste devient têtu il pleut de toute éternité il pleut toute une éternité toute une éternité de pluie s’écoule et retourne au cœur de toute terre en notre cœur commun battant le temps et l’âme

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Recours au poème/Trois textes « américains » !

 Reçus de l’éditeur numérique Recours au poème, par les bons soins de Mathieu Baumier sur le conseil amical de Béatrice Machet : Avec vous ce jour-là/Lettre au poète Allen Ginsberg de Sabine Huynh, Tony’s blues de Barry Wallenstein et Vent sacré de Béatrice Machet. Trois livres atypiques dont le point commun évident est l’Amérique.

Ginsberg
Sabine Huynh use du prétexte de la « lettre à » (Quelle lettre !), pour écrire d’un même élan un témoignage et une biographie pleins de sentiment, d’émotion. Que l’on connaisse ou non Allen Ginsberg serait presque indifférent tant la force du texte réside dans la parole même de l’auteur,  dans sa capacité à dire, dans sa manière de dire, plus encore que dans ce qui est dit.

« L’écriture devrait être don de soi » écrit Sabine Huynh, dont la force est précisément dans ce geste, acte d’intimité immédiate, absolue.

TonysBlues

Barry Wallenstein, traduit par Maryline Bertoncini, met en scène en 16 poèmes Tony, ombre de personnage urbain, ombre car plus silhouette que personnage authentique. « Tristesse dans la salle de bain », « Je ne veux pas obéir/ni écouter les bruits qui courent », « t’es un crapaud terne Tony/dans un reste de ragout », ou encore « Tony, tu sais faire les soustractions ? », « une leçon apprise dans la fièvre/est un stigmate à jamais ». On ne perçoit Tony qu’au travers de bribes quotidiennes, quelques échos à distance et proximité mêlées de nos propres vies. Simple et direct, dérangeant car étrangeté et banalité se conjuguent dans ces poèmes qui pourraient ne pas en être.

Octobre14_02Pour finir, Béatrice Machet et Vent sacré. Vent qui court au fil de treize chants, les chants de treize poétesses amérindiennes qui se découvrent chronologiquement. Treize chants écrits en américain, car même s’il est dit la volonté de ces femmes d’exprimer aujourd’hui un lien intime à une culture disparue, par là d’en permettre sinon la résurgence tout au moins un écho, leur poésie emprunte la langue des blancs. Cet emprunt est obligé, mais n’oblitère en rien le sacré dont le cri ne peut se donner en citations, mais doit se lire dans le fil intégral des textes, par respect. Je me souviens de lectures partagées avec Béatrice Machet dans le cadre du Scriptorium de Marseille ; je me souviens de son cri qu’elle poussait inévitablement à un moment ou à un autre, cri authentique en décibels concrets. Ce recueil est un beau cri, en forme d’offrande, en guise de mémoire, en refus de tous les mépris.

Trois livres à part,  trois livres pièces du puzzle américain. Secouons-les et écoutons !

http://www.recoursaupoemeediteurs.com/

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