Ma poésie, tout un marché !

(Bolgheri/Olivier Bastide)

Je ne suis pas au marché de la poésie de la place Saint Sulpice… alors je déclare « Ma poésie, tout un marché ! ». D’autres poètes, parisiens ou non cette fin de semaine, partagent mon étal, ranimant Marx, le rien, le tout, les fruits et les légumes, le discours et sa déconstruction, l’amour, le poème, la nuit…

Avec la particpation des poètes,

Henri Tramoy, Jean Poncet, Jacques Morin, Alain Kewes, Dominique Sorrente, Martino Baldi/Elena Berti, Olivier Bastide, Claude Vercey, Alain Hélissen, Béatrice Machet, Jean-Pierre Lesieur, Norbert Paganelli, Sir Philip Sidney/André Ughetto,  Elena Berti

Ma Poésie, Tout un marché

Henri Tramoy

(poète, directeur de la revue Soleils et cendre)

Olivier, voici, de la part de « HT mais pas à vendre » pour « ma poésie, tout un marché »

La pensée nue n’existe que dans la trace inscrivant sa victoire sur la mort
Aurai-je l’audace

de quitter l’impôt du cadre

et jouer sur mes scènes

sans mécène

la nue-propriété de l’œuvre

dont seul l’autre, mon égal

effrontera l’usufruit ?
Il suffit de l’inventivité contenue

du repos courroucé

Quand ferons-nous table rase de la proéminence du vendre ?
Vercheny – juillet 93

***

Jean Poncet

(poète et traducteur de poésie roumaine, membre du conseil de rédaction de la revue Phoenix)

Ainsi la production capitaliste est hostile

à certains secteurs de la production intellectuelle,

comme l’art et la poésie par exemple.

Karl Marx, Le Capital, tome IV (Théories sur la plus-value)

And another one gone, and another one gone

Another one bites the dust.

Queen

Total Krakatoa

(Thrène à la revue Autre SUD… et tant d’autres)

toute pensée vaincue

lucre et rapine

recouvrent le monde

d’un linceul de cendres

face aux lamentations des ilotes

qui en appellent – ultime horizon – à

la morale des assassins

il convient maintenant que se dresse

le chant des poètes

car les pages d’un livre s’ouvrent

comme lèvres de femme

et offrent même nourriture

comptables, actionnaires et rentiers

si vous n’apprenez à lire

jamais ne connaîtrez la beauté

d’un ciel de corail le soir

sur les nefs calcaires

des bergeries endormies

nous, les poètes, vivons

de la gloire du monde

et des mots que nos âmes distillent

point n’avons besoin d’imprimeur

un manuscrit nous est festin

que nous partageons entre amis

***

Jacques Morin, dit Jacmo

(poète, dirige la revue Décharge)

[…] ce poème, si tu veux, extrait de « la poésie de a à z (selon Jacmo) » chez Rhubarbe.

Banque

Je hais la banque

Et les banquiers

Les sous l’argent la maille

Tout ce vocabulaire si coloré si inventif

Pour une chose si triviale

L’artiche la fraîche le fric

L’intérêt le crédit la créance

Le pourcentage et les agios

Le virement l’épargne le placement

Le gain les garanties obsèques

Et les assurances vie

Le règne de l’immoralité et de l’impudeur

Comme principes d’existence

La banque fait partie des tares de l’homme

Au même titre que la guerre.

***

Alain Kewes

(poète, nouvelliste, membre du comité de rédaction de la revue Décharge, animateur des éditions rhubarbe, responsable des Rencontres de poésie d’Auxerre)

voici un texte, je ne suis pas sûr que ce soit un poème, pour le marché virtuel.

bon appétit

Alimentaire

J’ai p’us un radis

Pas d’oseille

Je cours l’artiche…

Oh, sans excès !

Pas de quoi

En faire un plat

Pas de quoi

En faire des salades

Mais quand j’entends

Ces grosses huiles

Faire leurs choux gras

De mes jours maigres

Moi qui mets les bouchées doubles

Sans jamais tirer les marrons du feu

Je m’demande si je ne suis pas

Le dindon de la farce

Marre d’avaler des couleuvres

Je tourne au vinaigre

J’en ai gros sur la patate

Ras le bol d’en manquer

Refrain ?

Ça va chauffer

Sentir le roussi

Les couteaux sont tirés

Ça va saigner

Messieurs du gratin

Hauts du panier

Coqs en pâte

Je veux casser la croûte !

***

Dominique Sorrente

(poète, membre du comité de rédaction de la revue des Archers, président du Scriptorium de Marseille)

Et pour tes dépositions, je t’envoie un poème de ce matin, en prenant ici le pari de la promptitude. Donc, pas de recul sur ce texte. On rejoint l’esprit « d’improvisation » que nous avons jadis exploré avec la poésie-chorus.

Il fera beau, par dessus le marché

Dans la pénombre d’une chambre oubliée,

non, ce n’est pas là que je t’attendrai

pour cette fois,

mais au marché,

là où les fruits bavardent avec les yeux verts des arbres,

où les deuils successifs

ont décidé l’humeur jambe légère à comparaitre.

J’ai pris le parti d’évincer de la conversation

cette fois la plainte des hangars désaffectés,

et de filer,

navigation lisse et balance du jour,

à l’estime, toujours, sans repères,

avec des recoins d’ombre et de soleil promis,

poèmes à l’étalage avec oiseaux qui fuient.

Sur la plate-forme des semaines, je suis devenu

marchand – pèlerin, troqueur du temps

à qui je donne tous les noms de la terre,

sachant que jamais ce sera le bon.

Inutile de hisser des exploits trop lourds,

le temps ramène au devant de la scène

tout ce qui fait nourriture et boisson.

Le repos des fruits qui se décomposent

se racontera une autre fois. Mais on prépare ici

de nouvelles incursions avec des fruits

provoquant, agités, et tout juste promis

qui rendent les armes aux courbes des femmes qui passent.

Il est temps de procéder à la pesée contre argent,

jouer le goût de ta peau, sidérale, saline,

contre la quille cent fois vaincue de l’homme qui stupidement

attend sa fin.

Pour ouvrir le passage,

rien de tel que la fontaine

avec sa circonstance bienvenue

pour attirer le chant et le laisser glisser.

Au comptoir des poètes, derrière le lent naufrage,

on boira à la sueur quotidienne, façon sirop d’orgeat.

La jubilation est une tournée inédite pour célébrer

le fracas inattendu de l’araignée en bord de zinc,

dire que cela se peut,

avec le droit de trinquer à l’eau du rêve

qui n’attend plus que tout soit terminé

pour tirer un trait vers le ciel étoilé.

Place du marché,

il fait un matin de clefs à bonheur,

pour réapprendre à croquer pleine bouche,

à respirer naseaux en alerte.

L’éphémère criée se donne, taraudée par le temps.

On reporte à demain l’âge immense de vivre,

et le commentaire savonneux

de ceux qui indiquent notre place en ce monde.

A l’angle de la rue, s’endormira,

cirque accompli des affaires quotidiennes,

notre insomnie végétale.

Il fera beau, par-dessus le marché.

Et ce sera dehors

où transite ta vie de nacre.

Où je t’attendrai pour ouvrir le passage.

***

Martino Baldi

(poète)

Trentadue lattine

I

Ho trentadue lattine di birra gelata
– “un classico” penso – nel mio
frigorifero nuovo di nuova concezione
ecorefrigerato via telefono
da un provider del Tibet.
Sono un uomo solo
appena tornato dal supermercato
e che si appresta a un pomeriggio triste,
a uno splendido sabato da gita di campagna
davanti alla TV.
Ho trentasei possibili orari in cui vedere
l’unico film che danno oggi
con ventisette titoli diversi
sui centotre canali del satellite mondiale
– ed escludo quelli in lingua extraeuropea
(anche se amo
masturbarmi sui porno in russo
o in giapponese).

II

Oggi ho mangiato troppo
mi sento gonfio, pieno
tanto che riesco a malapena
a mettermi a sedere.
Dondolo come un doràemon
e temo di scoppiare.
Dio voglia
che una catastrofe mondiale
si abbatta sul mondo esterrefatto
dei mangioni e ci riservi
la carestia più lunga della Storia
per un digiuno senza redenzione.

III

Mi chiedo se per la vendetta
il mondo farà distinzioni
tra rei, innocenti e disinteressati.
Se sarà sufficiente aver raccolto
cartacce e bibite dal prato del pic-nic,
avere usato la bici più dell’auto
e il deodorante senza gas nocivi;
o se saranno risparmiati solo i più coerenti
avversatori di questa vergogna:
l’anarchico che mette le bombe nei Mc Donald’s,
quello che almeno è in piazza
a ogni manifestazione o l’altro
che non mangia carne né pesce
e nemmeno le uova.

IV

Se premo un poco con la mano
qui, sotto il torace, sento una fitta
di dolore. Temo che questa volta
davvero sia letale il pranzo di lavoro,
di non smaltire più gli eccessi
di lasagne, cannoli e pappardelle
sulla lepre, coniglio in salsa e
arrosto di cinghiale con carciofi,
porri e patate, sorbetto di limone,
crostata di lamponi, mousse di caffè;
e altro che scordo.
Per non parlare
dell’apertura di prosecchi,
del chianti a fiumi,
del pirotecnico finale nel segno di sublimi
memorabili acque della vita.

V

Dio sottinteso
che non ha mai chiarito
se esista cosa dietro ciò che si vede
dio dell’orzo, del luppolo e del malto tostato
non so se c’è qualcosa oltre la birra
se esiste un modo
per misurare la pressione
la temperatura, la gradazione
più adatte per la nostra vita,
la lattina giusta a cui fermarsi
dio delle torte cui non rinuncio mai
dio dei crostini e delle incalcolabili
golosità del mondo, dio
delle giornate di noia e dei piaceri turpi,
di te che non so nulla, dio di Tom Waits
di Abel Ferrara e di Nick Cave
ecco il tuo regno:
è fatta la tua nolontà?

32 Cannettes

Traduction Elena Berti

I

J’ai trente-deux cannettes de bière glacée

« un classique » je pense dans mon

frigo neuf de nouvelle conception

éco-réfrigeré

depuis un téléphone par un provider du  Tibet.

Je suis un homme seul

à peine rentré du supermarché

et qui s’apprête à un triste après-midi,

à un splendide samedi d’excursion

à la campagne

devant la télé .

J’ai trente-deux horaires possibles pour voir

le seul film qu’on donne aujourd’hui

aux vingt-sept titres différents

sur cent-trois chaînes du satellite mondial

j’exclue ceux en langue

non européenne

(même si j’aime

me masturber

sur les pornos en russe

ou en japonais).

II

Aujourd’hui j’ai trop mangé

je me sens gonflé, plein

tant que j’arrive

à peine

à m’asseoir.

Je bascule comme un Doraemon

je crains d’éclater .

Dieu veuille

qu’une catastrophe mondiale s’abatte sur le monde abasourdi

des gros mangeurs et qu’il nous réserve

l’eucharistie la plus longue de l’histoire

pour un jeune sans rédemption .

III

Je me demande si pour la vengeance

le monde fera distinction

entre les pénitents les innocents

et les insoucieux

s’il sera suffisant d’avoir ramassé les papiers gras et

les bouteilles vides du pré du pique-nique

d’avoir utilisé le vélo plus que la voiture

et du déodorant sans gaz toxiques,

ou si seulement les adversaires cohérents

de cette honte :

l’anarchiste qui place des bombes chez Mc Do,

celui qui au moins il est sur-le-champ

des manifestations ou l’autre

qui ne mange ni viande ni poisson

et même pas les œufs .

IV

Si j’appui avec ma main

ici, sous le thorax, je ressens un point

de douleur.

Je crains que cette fois

le repas du travail soit mortel,

de ne pas digérer les excès

de lasagne, cannoli et pappardelle

sur le lièvre, lapin en sauce et

rôti de sanglier aux artichauts,

poireaux et patates, sorbet au citron,

tarte aux framboises, mousse au café ;

et autre que j’oublie.

sans parler de l’ouverture des vins pétillants

du Chianti à flots,

du pyrotechnique final comme signe des sublimes

et mémorables eaux-de-la-vie.

V

Dieu sous-entendu

qu’il n’a jamais éclairci

si la chose existe derrière ce que l’on voit

dieu de l’orge, du houblon et du malt torréfié

je ne sais pas s’il y a autre chose au de-là de la bière

s’il y a un moyen

pour mesurer la tension

la température, le degré

plus adaptés pour notre vie,

la véritable cannette pour s’attarder .

Dieu des tartes aux quelles je ne renonce jamais

dieu des crostini et des incalculables

gourmandises du monde, dieu

des journées ennuyeuses et des plaisirs abjects

de toi dont je ne connais rien, dieu de Tom Waits

de Abel Ferrara et de Nick Cave.

Voilà ton royaume :

ta non-volonté est elle accomplie ?

***

Olivier Bastide

(poète, membre du Scriptorium de Marseille)

21/V/2011 Près du marché aux puces de Montreuil, une semaine trop tôt…

Ruminations du marché aux puces

Il est des ruminations salutaires. Elles empruntent l’or et l’embrun, en tirent l’essence utile au progrès. D’aucuns en réduisent la portée, en prédisent le caractère négligeable. Ils ont tort ! Si je mâche l’herbe encore et encore, c’est pour en sentir la nature-mère, ne pas m’en tenir à la verdeur de printemps et au jaunissement estival. L’acte est donc de vive approche, fondé sur le rapport premier à l’être. Nous ne sommes pas de simples passants ; nous sommes cœurs et sangs du grand corps, bateleurs du marché aux puces, en attente des fièvres irrémédiables.

***

Claude Vercey

(poète, auteur de théâtre, membre du comité de rédaction de la revue Décharge, œuvre en tant que permanent du collectif Impulsions, Chalon-sur-Saône en Saône et Loire, pour la poésie contemporaine à travers lectures ou spectacles)

A la réflexion, j’avais écrit ça, en train, me rendant sur la place St Sulpice pour le marché de la poésie.

Impression grande vitesse

coquelicots

ho! tant

alléluia des coqs

huchés

en pagaille sur les crêtes

là du talus

leur ardeur qu’on disait éteinte

éclaboussant les blés

et j’ai moi-aussi dites

mis mon écarlate

liquette et file

immobile et

songeur vers Paris mes amis les poètes

autour de la vasque d’eau verte

où les pigeons pourtant

assemblés place Saint Sulpice

***

Alain Hélissen

(Poète, chroniqueur dans différents périodiques littéraires, dirige la collection Vents contraires aux éditions VOIX participe régulièrement à des expositions de Mail Art et pratique l’art du collage)

Voici un extrait de « On joue tout seul », Editions Corps-Puce, 2010

Je me disperse

Je me dis perce !

Perds ce je

qu’j’ai dans ma peau

ézie

éper

dûment

Je me lis perse

afghan ou est-ce

Pagnol breton

Bifton mal

Tais où ?

T’as quoi ?

T’aboies ta loi

Et quoi ?

Je me dis pense

Je me dispense

Bêtornorme

Bêtamanger

des vers acides

de corneilles éventrées

entre racines

en décomposition française

Je m’ess

qu’un gros chat

grin

uie

J’y reste

assis

J’éteins

J’ai rien

***

Béatrice Machet

(poète, traductrice de poésie amérindienne, membre du Scriptorium de Marseille)

tu trouveras en pièce jointe et ci-dessous, le texte sollicité, en espérant que cela convienne, j’ai peu de temps en ce moment!! je me suis donc servie de ce que je vis pendant la résidence et de quelques observations sur « le milieu » , pour répondre présente.

Le 18 mai 2011,depuis Cinquétral, maison de la poésie Transjurassienne, au neuf dixième accompli de ma résidence.

La poésie tout un art du marcher ( ou comment se jouer du dis-orthographique)

randonnée vagabonde pour le seul plaisir du pas

au-delà promis

en-cordée la pensée au rythme du corps

l’histoire est en marche

le mot est un geste

urgent

travelling avant-arrière zoom

gros plan arrêt sur image la poésie

dé-ambulée ar(t)-pentée périgrinée

c’est nomade que la poésie

invente son abri

sous des chapiteaux sous des parasols des parapluies

la poésie délimite

son dedans son dehors

avec force étals elle force sa marche

et va sa limite

depuis son impossible va créer

depuis son inadmissible

va

ouvrir sans frapper

pas de côté langue de travers

corps de guingois

voix d’enrouée à claire

un oeil devant un oeil derrière et les membres

éparpillés

disloqués

partagés

deux-hors trouvés effleurés apperçus

évanouis bientôt mais

multipliés

recadrés

redistribués

et les dés

jetés

s’en sortent

échappent aux codes

et ça circule et ça se répand

au point-bascule de l’équilibre

rien

qui ne se vende

ajoutée la valeur

c’est dit dans le mot

auteur

et si pourtant tout s’achète et pour manger

se cuillère se fourchette se marchandise

le poète

peripatétitien pathétique et grandiose

endure la condition humaine

n’est pas ermite qui veut

n’est pas sociale son ambition

quoique

sagesse ne rime pas avec idéal

absolu est bien trop pour l’assumer longtemps

bien qu’intermitament son éclair et sa foudre

héroïque

veut pas crever pour rien

va cracher sur les tombes

imbroglio paradoxal

contradiction incarnée

avec une dignité désabusée

ainsi va

ainsi avance modestement

hors du poème n’existe pas

et dans

la poésie

tout un art du marcher….

Depuis combien

d’années de temps ce mouvement

combien de modèles imités avant de trouver

la mienne dé-marche

allure inscription dans l’espace du corps posé sur deux pieds

balancement

les bras les épaules la tête son port

le cou le dos ne pas oublier les mains

placement du bassin

combien comment

le regard posé où

visage soucieux visage souriant visage impénétrable

de qui comment je marche

d’abord mes parents certainement

quels souvenirs

sinon celui du nez en l’air

images fugitives de portail et de gravier

une échelle aussi

des bruits familiers des sons les voix un rythme un phrasé

rires et tendresses éclats des yeux reconstitués

mes parents

alertes tous les deux

sprinter est l’un pressée est l’autre

un en-avant chacun et pour les deux

jeunesse éclatante

sur les photos ils sont beaux

maintenant

les défauts m’apparaissent

l’épaule plus haute que l’autre

le cou désaxé cause une impression de faux départ

d’interpellation un là-bas de la mémoire….

ici

le goût du raccourci

dans les taillis dans les fourrés par dessus les barrières

par les brèches des haies

gagner du temps ou bien se perdre

pas de flèchage

rien que la pente et la position du soleil

rien que

marcher

en sachant qu’il s’agit de lirécrire

les endroits traversés

au petit bonheur qui deviendra grande

attention

aux fleurs aux herbes aux bizarreries de la nature

on leur cherche un nom

on imagine leur naissance leur histoire

on leur reconnait de la compagnie

on leur fait une visite

courtoisie bienveillance

et le temps de scruter inventer

se laisser intriguer pour restituer un fil

d’intrigue

que les mots venus soient dégustation

des instants

une marche dé-paysée qu’en sauront mes parents?

Là-haut falaise tourmentée

du calcaire jurassique

un ourlet de manteau couve sa perle

roche nue sous végétation en drapés

diverses hibernations à tous les stades réveillées

accueillent mes pieds

un diaphane contre une netteté

tour à tour

l’équilibre est sauf

puisque je marche.

***

Jean-Pierre Lesieur

(poète, directeur de la revue Comme en poésie)

inédit de ce jour

ne marchez pas sur ma poésie

au marché de la poésie

qui se vend comme des petits pavés

dans les allées de la consommation

à peine effrénée.

Ne marchez pas sur ma poésie

je vous le demande

humblement

gentillhommement

quand vous piétinerez le saint Sulpice

je vous le demande avec des gants blancs

pour ne pas salir votre verbe

avec ce qu’il faut de trémolo dans la voix

pour que vous l’évitiez ma poésie

qui ne vous a rien fait

qui ne vous demande rien

avec des gants beurre frais

pour mettre de l’huile

dans les césures.

Ne marchez pas sur ma poésie

elle a horreur des brodequins

qui lui écrabouillent les pieds

dans les marchés où personne ne s’empresse

d’acheter mon poème.

***

Norbert Paganelli

(poète)

comme je suis en train de mettre à jour mon site avec de nouvelles publications , je vous en fais parvenir une qui est relative à la création poétique elle-même…

Chjamèmula

« On peut aussi partir
à la recherche de l’oiseau »
E. Guillevic

Quand’idda ti ghjunghji
Ùn a ricunosci micca sempri
Di i volti iè
Di i volti hè meddu à dì chè nò
Dipendi di mondi cosi
Com’è tu a saparè

Ma dopu quand’idda s’hè stallata
Sbaglià ùn ti pò
Ùn ci hè chè u so calori
U so muscu
Senza parlà di a so parolla
Quidda chì parla d’idda
Senza mai dì u so veru nomu
Quidda ch’ùn hà mai scuratu l’ombra lacata
Da i prupὸsiti chì pàssani

Nommons-la

« Pudemu dinò parta
à circà l’acceddu »
E. Guillevic

Lorsqu’elle te parvient
Tu ne la reconnais pas toujours
Parfois oui
Parfois mieux vaut dire que non
Cela dépend de beaucoup de choses
Comme tu le sais

Mais ensuite lorsqu’elle s’est installée
Tu ne peux plus te tromper
Il y a cette chaleur
Son odeur
Sans évoquer sa parole
Celle qui parle d’elle
Sans jamais prononcer son nom
Celle qui jamais n’a effrayé l’ombre abandonnée
Par les propos qui passent

***

André Ughetto

(poète, traducteur, essayiste, cinéaste, membre du conseil de rédaction de la revue Phoenix, membre du Scriptorium de Marseille)

Pour le “marché” d’Olivier Bastide

Sir Philip Sidney

(1554-1586)

De haute naissance, il voyage dans toute l’Europe avant d’entrer en politique, sous le règne d’Elizabeth 1re. Fameux pour sa prose romanesque (Arcadia), il est l’auteur de la première « couronne » ou « séquence » de sonnets » anglaise : Astrophil and Stella.

The Bargain

My true love hath my heart, and I have his,

By just exchange, one for the other given.

I hold his dear, and mine he cannot miss,

There never was a better bargain driven.

His heart in me keeps me and him in one,

My heart in him his thoughts and senses guides;

He loves my heart, for once it was his own,

I cherish his, because in me it bides.

His heart his wound receivèd from my sight,

My heart was wounded with his wounded heart;

For as from me on him his hurt did light,

So still methought in me his hurt did smart.

Both equal hurt, in this change sought our bliss:

My true love hath my heart and I have his.

Traduction d’André Ughetto

Extrait de son ouvrage Le Sonnet, une forme européenne de poésie, éditions Ellipses, 2005

Le Marché

Mon grand amour a mon cœur, moi le sien,

Par juste échange, l’un pour l’autre donné.

Je détiens ce qui lui est cher, le mien ne peut lui échapper,

Jamais fut-il conclu marché meilleur !

Son cœur en moi, lui et moi en un seul contient,

Mon cœur en lui ses sens et ses pensées conduit;

Il aime mon cœur pour avoir été le sien,

Et le sien je chéris puisqu’en moi il habite.

Son cœur reçut à ma vue sa blessure;

Mon cœur fut blessé quand son cœur se blessa;

Comme de moi à lui la plaie s’enflamma,

Je pense encore qu’en moi elle brûla.

Par deux mêmes blessures, notre bonheur au change fut trouvé :

Mon grand amour a mon cœur, j’ai le sien.

***

Elena Berti

(poète et traductrice de poésie italienne, danseuse et chorégraphe, directrice artistique du Centre d’arts Artedanza d’Orange dans le Vaucluse)

Cammino e respiro

Un attimo di pausa

Ed è gia notte

Je marche et je respire

Un temps de pause

Et c’est déjà la nuit

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