Alain Helissen/Une idée de la poésie II

Alain Helissen lors d’une lecture

Alain Helissen est le second poète à dire ici son idée de la poésie.  Geneviève Bertrand avait été « l’inauguratrice », la « défricheuse de territoire ». Dès à présent, la série est réellement à l’oeuvre, dans le respect du format et de l’esprit énoncés lors de la « première », un portrait photo, un portrait écrit, un texte sur la poésie, un inédit, une biobliographie…

Merci Alain !

 

Alain Helissen, une idée de la poésie

Auto portrait en pieds revers

« Fils de bouseux, fils de bouseux, que ressens-tu ? »

 

Remplissant à l’entrée en sixième

cette fiche quémandeuse

de la profession du père :

« cultivateur », je l’écrivais fébrile

comme dévoilant à tous

ma part d’intimité

ici en ville loin de mes champs

et presque seul enfant

de statut paysan

 

Pauvre et timide en complément

parmi fils de commerçants

de fonctionnaires d’artisans

tous mieux lotis je leur enviais

leurs vêtements

ils en changeaient bien plus souvent

que moi qui attendais le lundi suivant

pour m’habiller différemment

 

Entre la langue du père l’allemand

et celle maternelle le français

tiraillé j’optai inconsciemment

pour celle de la mère

repoussant l’autre et ainsi m’isolant

de la tribu du père

tout en la côtoyant

aux quatre coins des champs

mais si peu lui parlant

 

L’écriture très tôt

vint supplanter ce mal à dire

Et mes premiers émois

prirent figure de poèmes

sur des copies scolaires

puis dans des revues littéraires

enfin dans des ouvrages

d’unique signataire

 

Le reste tout le reste

s’inscrit parmi les lignes

accumulées depuis

Et toutes réunies

pourraient s’intituler

« Autoportrait en cours

en long

et en travers

d’Alain Helissen

cultivateur de vers. »

 

 

Alain Helissen

18/08/12

 

 

2.

La poésie non pas

l’Immaculée Conception

ni l’hymne à la beauté du monde, à l’émerveillement, à l’amour, aux sentiments, à la paix, à la nature, au divin…

 

La poésie non pas

par inspiration

mais par expiration

la poésie façon boucherie

spécialité « langue »

pas celle répétée en boucle

d’oreilles conditionnées sous vide

et réchauffées au micro-ondes

à la cantine commune

 

La poésie foreuse de poncifs

culbuteuse de mots hachés menus

décomposés recomposés

pas prêts à avaler

plutôt à macérer en bouche

pour en goûter les sucs

 

La poésie non pas lyrique

jouant du toutalégo

versant méli-mélo

mais bien plutôt

extraite des gisements communs

et s’adressant à tous

à travers un sujet rassembleur

 

La poésie puisant partout

Ses bouts ses plants sa vie

Ses rejets ses refus ses révoltes

Ses dissonances ses partages

 

La poésie

La relation

L’écoute

de ce qui sourd de la langue

pour se répandre en nous

 

Tissés métissés

Pas plus que toi ne suis

cousu de fil blanc

mais né là

à la croisée des fils

tissés par des rencontres

nées là

plus ou moins du hasard

 

Métisse de tissages mélangés

importés d’un ailleurs

plus ou moins lointain

 

Pas plus que toi ne suis

l’enfant d’un seul être

mais sang mêlé fruit

de la fusion de deux

eux-mêmes issus

de deux

Et peu importe

d’où ils viennent

leur pays leur couleur

leurs croyances leurs rites

 

Pas plus que toi ne suis

de souche exclusive

Mes tissages ne cessent

de s’étendre ramifiant

tout autour

d’un noyau qui tend

à se confondre

au milieu des apports

venus jour après jour

colorier le patchwork

 

Mes tissages dont je suis

métissé je les lègue

à l’enfant que j’ai fait

et qui déjà

croise d’autres fils

reliés aux miens mais libres

d’en conjuguer de nouveaux

vivants tissus

tissés et métissés

 

ELEMENTS DE BIOGRAPHIE

Né en 1954. Vit à Sarrebourg (Moselle). Poète, chroniqueur dans plusieurs revues (dont Diérèse, Traversées et CCP) et sur quelques sites poétiques (Poézibao, Sitaudis, Libr-critique)), il co-anime le cycle de rencontres poétiques « Pontiffroy-Poésie » à la médiathèque du Pontiffroy (Metz). A fait des lectures publiques dans les principales villes de France ainsi qu’en Belgique.

Parmi ses dernières publications : « Le rappeldes titres » (Ed. Les Deux Siciles, 2008) , « On joue tout seul » (Corps Puce, mars 2010), « La grande muraille de rimes », livre-boîte d’allumettes (VOIX éd. 2011) « Passages », livre d’artiste réalisé avec le plasticien Max Partezana,, « Acanthes », livre d’artiste réalisé avec le collagiste Claude Ballaré (DROSERA, 2010).

Alain Helissen a également publié des textes dans plus de soixante revues. Il a co-animé la revue FAIX (1979-1982) et a participé à l’aventure de la revue « Sapriphage », disparu en 2000..

On peut consulter son blog pour en savoir plus, et notamment pour découvrir sa bibliographie complète : http://alainhelissen.over-blog.com

Contact : alain.helissen@live.fr

 

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