Cécile Guivarch/Une Idée de la poésie X

Cécile Guivarch

Cécile Guivarch

Cécile Guivarch, responsable du site Terre à ciel, donne à son tour son Idée de la poésie. Quelqu’un qui prétend toucher la terre et le ciel, car j’entends ainsi Terre à ciel, touche les deux absolus : l’aplomb du pied, la prétention de l’âme ! Dès lors, il eut été curieux de ne pas l’inviter à dire sa propre Idée de la poésie.

« L’histoire commence quand elle nous croque », dit-elle, jouons le jeu et, lisons !

 

Autoportrait

 

ce que je fouille

j’extirpe de l’arbre

ce qu’ils en disent mes ciels

mes très vieux

ce qu’ils revivent sur la page

ou dans un bout de tête

ce qu’il reste de mémoire

je creuse autant que j’en sors des tas de racines

qui me lient la langue à ne plus savoir jusqu’où elle va la langue

elle le saurait qu’elle donnerait la voix au poème

si elle sait ce que c’est le poème

si elle sait d’où elle vient la langue

 

Un oiseau chante d’autant mieux qu’il chante dans son arbre généalogique aurait dit Cocteau.

 

 

***

 

 

La poésie ?

 

il y a qu’on s’en approche

comme on s’en éloigne

qu’on vient de près ou de loin

ou bien elle suit le mouvement

 

si elle est partout

dedans comme dehors

si elle s’écrit si elle se vit

si parfois elle dort

 

l’histoire commence

quand elle nous croque

nous fouille à l’intérieur

nous secoue

 

quand elle nous rend état second

quand elle ressort par nos mains nos bouches

qu’on aurait jamais cru ces choses-là

et qu’on se vide avec elle

 

 

***

 

 

Extrait de Mon abuelo Jesús, inédit

 

Je te cherche et je ne comprends pas

les uns partis d’ici pour quel pays

 

je ne comprends pas la liberté

ce qu’elle avait de rêves

 

puis ce qu’elle a coupé d’ailes

 

 

Tu ne pouvais parler qu’à demi-mots. Quelle allure avaient les mots ainsi coupés en deux ? J’imagine ta langue pliée en deux, ou s’avançant à demi dans la bouche. Et le souffle que tu avais alors. Il n’y en avait presque pas, un souffle à demi. Les mots n’avaient plus le même sens. Chaque mot disait ce que tu ne pensais pas. Ou alors ils se déformaient dans ta bouche. Cela revenait au silence. Se taire avec une langue qui bouge à demi. Parfois, les mots se disaient à la hâte. Des phrases murmurées très vite, à peine audibles mais dont vous saviez ce qu’elles signifiaient. Tu vivais caché dans la langue.  Elle tournait sans faire de bruit et ça devenait dangereux. Pour toi, pour eux, pour elles.

 

Tes mots dissimulés dans des bouquets

ta langue chargée de fleurs

dit quelque chose

 

 

***

 

 

Bio-bibliographie

 

Née en 1976 près de Rouen d’une mère espagnole, d’un père français, je vis depuis 2003 à Nantes. J’anime le site Terre à Ciel.

 

Terre à ciels, Les carnets du dessert de lune, 2006

Planche en bois, Contre-Allées, 2007

Te visite le monde, Les carnets du dessert de lune, 2009

Coups portés, Publie.net, 2009

La petite qu’ils disaient, Contre-Allées, 2011

Le cri des mères, La porte, 2012

Un petit peu d’herbes et des bruits d’amour, L’arbre à paroles, 2013

Vous êtes mes aïeux, éditions henry, octobre 2013

 

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