Christian Garaud

La vérité est-elle dans la nature du chemin, son origine ou sa destination ? Cette question, je la pose à Christian comme préambule à sa parole.

J’ai découvert Christian Garaud à la lecture de Les  Pommes Clochards, paru dans la collection Polder coéditée par la revue Décharge et les éditions Gros Textes. Mes élèves en avaient fait une lecture visible sur Youtube (Les Pommes clochards de Christian Garaud). Depuis, nous entretenons une relation par mails au-dessus de l’Atlantique ; Christian habite New-York. Il m’écrivait dernièrement :

Je fais partie d’un groupe de personnes échangeant à NY des poèmes tous les 15 jours. Voici des échantillons de ce que j’ai envoyé récemment. Vois si cela mérite d’être mis en ligne ! Amitiés. Christian

La réclame

Nous sommes assis
sous un ciel gris
près de la fenêtre.

La neige a fondu.
Les arbres attendent leurs feuilles
et le chat ses oiseaux.

Je pense à la réclame
Qu’on voyait autrefois:

« Une journée sans vin
est une journée sans soleil »

Je vais chercher le tire-bouchon.

*

Diplopie

Pourquoi dire:
mon corps et moi?

Je suis né ivre
et je pense double.

*

Le treadmill

Comme un boeuf ou un cheval,
je marche sur une trépigneuse.

Ce n’est pas la moisson.
Je ne bats pas le blé.

Est-ce que je rajeunis?
Les miroirs ne me le disent pas.

Je cours un oeil sur la télé,
et l’autre sur le compteur.

La seule chose que je sais:
le nombre de kilomètres
qui ne conduisent nulle part.

*

Changement de climat

la planète se réchauffant
vers le nord sont remontées
les mésanges de Floride
laissant loin derrière elles
les hominidés trop vieux
et les crocodiles trop lents.

C’est en ligne ! Avec l’extrême plaisir de donner à lire…

PS : Alors que je compose ce court article, négligeant la plus sévère actualité, Christian m’écrit : « Irène est passée dans notre coin et beaucoup de gens se souviendront d’elle. Nos arbres ont tenu le coup (à ma grande surprise), et comme notre maison est située à mi-côte, nous ne risquions pas d’être inondées. »

Irrémédiablement, une force insoupçonnée d’Irène, l’union de la mort et du mythe, vient d’investir mon bureau ! Je me laisse aller au rêve quelques instants, romantisme sur  fauteuil de cuir…  Très vite rattrapé par ma mauvaise conscience, je ne pense plus qu’à la réalité de la catastrophe. La question posée à Christian, je n’en ai pas la réponse.

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