Dominique Sorrente/Une Idée de la poésie XIV

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Dominique Sorrente/Portrait à l’arbre

 

A l’heure où Dominique Sorrente accepte de délivrer son Idée de la poésie, il esquiverait presque l’exercice en conviant Paul Valéry, George Bernard Shaw, Hölderlin, Ossip Mandelstam à le faire à sa place, mais il se reprend instantanément et offre un premier inédit, Un Beau poème, dans lequel il écrit : « Un beau poème ne devrait laisser personne sur la paille ». Ainsi, le poète est lui-même, lui-même au milieu des autres, un parmi d’autres, un autre parmi eux, car Dominique, s’il est une voix ferme de la poésie contemporaine, est une voix qui cherche le partage, le chorus, une voix qui, sans fausse modestie, connaît sa propre valeur, tout autant qu’elle cherche la rencontre, l’incidence poétique, l’humaine profondeur.

Olivier Bastide

***

Autoportrait 

 

NOTE BIO DÉGRADABLE

Naissance : Milieu de nulle part, au milieu du dernier siècle qui s’éloigne, qui s’éloigne…

Décès : mention à compléter à convenance mais sans précipitation intempestive

Enfance figue et marron, olympienne et sablonneuse, bon élève en général mais renvoyé

un jour de l’École pour cause de poésie ; ne s’en est jamais vraiment remis.

Adolescence : tout à signaler

Âge adulte : à partir de 1978 (parution de Citadelles et Merséditions Sud), commence la poursuite à épisodes des poèmes de la maturité qui ne cesseront depuis d’être déplacés au lendemain. Une étagère de carnets gribouillés, une vingtaine de livres et des traces par ci, par là, d’anthologies en festivals, revues, lectures, récitals, et tout le tra la la : la quête est loin d’être épuisée tandis que le public semble l’être parfois.

Depuis bientôt quinze ans, anime un objet poétique non identifié, le Scriptorium, qui tient une bonne place, mettons un tabouret invisible, dans l’univers des glorieux introuvables.

Pour une meilleure maîtrise du mode d’emploi, consultez sur internet sa page wikipedia ou offrez-vous un séjour dans la baie de Naples. Elle en vaut la peine.

La cause de ce poète étant désespérée, elle finira bien par cesser d’être grave…

 

***

 

Mon idée de la poésie

Empruntés à d’admirables  prédécesseurs que je salue, toute révérence bue, voici quelques premiers cailloux blancs du jeu de piste dans la forêt qui m’occupe  depuis  quand même bientôt un demi-siècle :

«  Les gens se font une idée si vague de la poésie qu’ils prennent ce vague pour l’idée même de poésie » Paul Valéry

« Quand on enlève tout ce qui  ne sert à rien, tout le reste s’écroule »  George Bernard Shaw

« Plein de mérites, pourtant c’est en poète que l’homme habite sur cette terre » Hölderlin

« Ce qui distingue la poésie de la parole machinale, c’est que la poésie justement nous réveille, nous secoue en plein milieu du mot. Ce dernier se révèle alors à nous d’une étendue bien plus vaste que nous ne l’imaginions, et nous nous rappelons soudain que parler veut dire : se trouver toujours en chemin. » Ossip Mandelstam

 

J’ajoute ce poème inédit dans ma déposition du moment..

 

UN BEAU POÈME

Bec du monde, terreur de profil, route de Samarcande,

un beau poème

ne devrait laisser personne

sur la paille,

ne devrait laisser

qu’un grain de folie

à faire germer plein champ,

qu’une bouche grande ouverte

au lieu du courant d’air

bien après que les mots, ourlets de perdition,

l’auront déserté.

 

***

 

Poème inédit

 

 

Ostende, Rock Strangers

Ce qui fait tenir et ce qui fait vaciller.

Le pas obstiné de février aux abords de la digue.

 

Marcher seulement dans les contours du vent

avec les vieilles cérémonies des thermes, de l’hippodrome, du casino,

les parfums de splendeur fanée, les effrois de débâcle,

 

longeant la mer, avec la pluie à son oblique,

 

promeneurs rares, sans projet,

devinant seulement que les choses nous guident vers nous-mêmes.

 

Rien d’encombrant à porter, seulement l’étrange zigzag

de la valise qui roule

sous l’emprise des rafales de vent.

 

Rien de neutre. Les formes rouges entre mer et ciel

pour ne glisser

que dans le gris.

 

Mais froid comme jamais,

parmi les plantes qui tremblent et résistent, dos rond,

parce qu’elles sont mises en terre suffisamment.

Envie de leur tempérance.

 

On rêve qu’on se met à l’abri du mauvais ciel avec un simple tissu blanc.

 

Les vagues ont leur monde de l’autre côté du voyage, une durée sans cesse.

Le temps ne permet pas de s’en rendre compte.

 

Et tout au bout du parcours, les formes étrangères

costumées à la dure

avec leurs froissures d’ écarlate

défient le vent.

 

***

 

Bibliographie/Critiques

Dominique Sorrente est l’auteur d’une vingtaine de titres publiés notamment chez Cheyne (http://www.cheyne-editeur.com/) et MLD (www.editions-mld.com ),

 Il revendique une humeur polygraphe qui, tour à tour, le fait devenir parolier, auteur de micro-fictions, chroniqueur, improvisateur musicien, mais, avant tout, poète. Son anthologie personnelle « Pays sous les continents, un itinéraire poétique 1978-2008 » a reçu le Prix Georges Perros. Après « C’est bien ici la Terre » préfacé par’ Jean-Marie Pelt, (éditions MLD), il prépare aujourd’hui son prochain recueil « Il y a de l’innocence dans l’air » qui paraîtra aux éditions de l’Arbre à paroles (Belgique).

En 1999, il fonde à Marseille le Scriptorium (www.scriptorium-marseille.fr) qui propose des formes originales de poésie partagée (intervalles, caravane, transcontinentale, jumelages, poésie chorus) à la recherche d’une « poésie de la coïncidence ».

À l’automne 2013, Dominique Sorrente a également créé avec la slameuse Marie Ginet la lecture-spectacle « Nord Sud où vont les fleuves ». (http://slam-lille.com/litterature/residences-decriture)

Poète méditerranéen, d’influence celtique, Dominique Sorrente est ancré à Marseille « sœur du monde entier » où il vit la plupart du temps sur sa colline d préférence. Au théâtre Toursky, il est membre du collectif de la revue des Archers. À noter la récente contribution et préface qu’il a signées dans le numéro spécial « Marseille terrain vague », à l’occasion de l’année Capitale européenne de la culture 2013 (http://www.toursky.org/2013-2014/pagesite/archers.htm).

Pour une bibliographie précise, on pourra se reporter au site de la Maison des Écrivains

http://www.m-e-l.fr/fiche-ecrivain.php?id=843

 Commentaires sur l’œuvre

 « Qu’il s’agisse de prose ou de poème, l’écriture est limpide et trace le relief d’images saisissantes, et les mots comme lavés offrent une sorte de force ascendante, d’éclairage lucide pour opposer leur ordre et leurs signes aux « milliers d’années de chaos »

 Robert SABATIER, Histoire de la poésie française

« Dominique Sorrente a des fidélités : à son territoire, villes devant la mer, et Marseille principalement. Aux îles qui y sont encloses, qu’elles soient d’Atlantique, en Irlande ou Écosse, ou de Méditerranée, de Patmos à If devant sa fenêtre. Fidélité d’écriture, qui induit qu’on en fasse l’expérience, que l’écriture naisse du voyage. Fidélité aussi à un pays d’écriture, avec les noms tout en premier de Hölderlin ou Bonnefoy, et la rencontre, à 16 ans, d’un des plus fulgurants marcheurs de la poésie de ces dernières décennies, Christian Gabrielle Guez Ricord…Alors une vie s’assemble dans le dialogue constant avec ces lignes de force…Sous les mêmes ciels que Char ou Saint-John Perse, Sorrente reprend cette tâche et cette responsabilité de la célébration grave : c’est cette densité, agrandie de mer, qui lui est propre. »

 François BON, Publie.net 2010

 « …Procédant du simple au complexe, d’une image presque anodine à une comparaison plus insolite, le poète, par touches brèves et précises, par un cheminement qui ne l’écarte jamais de ses repères familiers, avance d’un palier à un autre – d’un objet déjà manié qui le frappe à nouveau à sa signification qu’il cherche encore, et débouche tout naturellement sur une zone obscure, environnante, qu’il faut éclairer –, ou sur  le trouble qui l’oppresse et l’angoisse et qui, pour conclure, le font se reprendre, ici en formulant un conseil éthique ou là encore dans une tenace aspiration vers l’innocence, vers le mieux en qui la plupart des conflits se résolvent… »

 Deborah HEISSLER, Paysages et lieux de Dominique Sorrente, revue Nunc, automne 2011

 « …Le poète lève des formules secrètes, saute d’une rive à l’autre — avec ou sans passerelle —, il interpelle les lettres qui font signe, cherche une vérité où se poser pour reprendre souffle, et s’en va plus loin sans s’attarder ni s’appesantir. Et voilà l’esprit entraîné. Car le pouvoir de cette poésie est d’emporter. Sur les traces d’un monde perdu-trouvé entre points de rupture, de fuite, et temps d’équilibre fragile, de sérénité provisoire. D’entraîner à voir… »

 Laurence VERREY, Un corps qui tient le paysage, lecture de C’est bien ici la terre, in Terre de femmes, novembre 2013

« …Il y a avec le fleuve comme à la fois un dédoublement et une sorte de ramassement du mouvement sur lui-même. Et c’est avec ce mouvement que Dominique Sorrente emporte la voix, dans sa manière d’interrompre les vers, au milieu de leur continuité, lorsque la voix s’arrête dans un faux arrêt au bout de la ligne, et continue dans un départ qui n’est pas un commencement. Le dédoublement et le ramassement du mouvement sur lui-même s’imposent comme une équivalence. Non pas comme s’il y avait une respiration du mouvement, mais qu’au contraire, le mouvement restait figé dans son mouvement même… »

 Marilène VIGROUX, Le poème comme geste troubadour, promenade avec Dominique Sorrente, étude inédite, 2013

 Mail : poesiescriptorium13@gmail.com

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