Fabrice Farre/Une idée de la poésie IX

Fabrice Farre

Fabrice Farre

Il me dit ne pas savoir grand’chose de la poésie, ne pas savoir quoi dire, mais en avoir parlé beaucoup… Je lui réponds : « Dis toujours, ou encore ! ». Il accepte, et voilà !

Après avoir tenté l’esquive très légèrement, presque par inadvertance, Fabrice Farre ne fuit pas, il est là, poète qui nous offre ses mots, qui ne peut s’empêcher de parler d’elle

 

 

Autoportrait

Si je marche sur les quais je deviens

tout à coup un passant. J’en perds

mon nom ma langue et mon adresse à écrire

un parcours pour le retour. Je

n’ai d’état civil que dans la fuite

des menus bateaux éclairés

qui touchent une frontière.

Immobile je revois mille fois le chemin

inverse de ceux qui sont venus avant moi

jusqu’ici. Aller venir je me tais

à  l’idée de partir

sans jamais le faire. L’écume est une fête

nerveuse : elle résiste à la nuit s’efface

à sa naissance pour annoncer toujours

une route où je vais comme elle sans corps.

 

***

 

La Poésie

Parler de poésie ? oui, pourquoi pas, jusqu’à la fin de mes jours ! Elle a été ma spécialité à l’Université. Puis, peu à peu, j’ai renoncé à toute théorie trop dangereuse à mes yeux. D’ailleurs, c’est à ce moment-là que je me suis décoincé et que j’ai proposé mes textes…

La poésie, c’est une histoire éternelle. J’avoue être incapable de la définir. Elle ne s’insère dans aucune école, aujourd’hui. J’ai conscience que si j’en parle, ma vision serait trop personnelle et par conséquent trop réduite. Mais je ne peux pas y échapper.

J’aimerais, d’abord, simplement évoquer le rapport à la langue. Mes origines étrangères m’ont toujours contraint à m’interroger sur le français et, du coup, sur ma langue maternelle. De surcroît, les mots sont étranges, tout comme le quotidien ou la réalité, même et surtout quand le banal vient s’en mêler. Sincèrement, je conçois la poésie un peu comme un murmure constant, hors du temps, sans doute proche de la légende, sans empreinte, à la fois indispensable et inutile (l’inutilité se pose les jours « de grand vide »). Elle est même un travail constant, c’est-à-dire de chaque minute, durant le sommeil, dans la rue, au travail, dans mes lectures bien évidemment, quel qu’en soit l’auteur (connu ou non). J’évite d’entendre les voix faciles et, par tempérament, je refuse d’écrire comme Untel. Je ne me soucie jamais d’être à la mode. J’écris comme je pourrais parier sur les mots que j’engage. Enfin, j’ai conscience de l’illusion de ma démarche, mais sans mirage, sans incertitude, sans principe, je n’écrirais plus.

 

***

Poèmes inédits

Fabrique

Tu me parles :

c’est le bruit

de tes talons sur

le carrelage. A chaque

rainure du sol que je

fixe par le carré de l’habitude

je dialogue avec

la nervure du dessin

issu d’une usine lointaine,

respire avec le fabriquant

haletant et reste de faïence jusqu’à

ce que cède le carreau cuit

quand tu claques la porte et

que je te suis des yeux.

 

Rue 

La rue est inimaginable

elle est calme comme

un océan grondeur, remue

grosse et quotidienne au bord

des trottoirs déformés

jusqu’à la tombée de la nuit. Elle

est tout à coup dure comme l’asphalte

les murs gisent au sol aussi.

Je crois que tu ne viendras pas.

 

***

 

Biobibliographie

Publications : Les chants sans voix, éd. Encres Vives, Coll. Encres blanches, Ru asséché, Clapàs, Coll. Franche Lippée. A paraître : un recueil chez Le Chat Qui Louche (Québec) : La mélodie rugueuse – ou autre dissonance – et deux plaquettes,  Sur Parole chez Clapàs et America boMbon, chez -36ème édition.

 

Depuis la fin 2009, plus de quarante revues ont publié ses textes, en France et ailleurs. Son blog : http://fabrice.farre.over-blog.com .

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