Geneviève Bertrand/Une idée de la poésie

Portrait à la falaise (Photomontage de Daniel Vincent)

Geneviève Bertrand inaugure une série de publications sur l’idée de la poésie, selon des poètes. Chacun répondra à sa manière, en belle liberté,  aux mêmes requêtes : un portrait photographique ou une autre image accompagnée d’un autoportrait écrit ; un texte sur sa conception de la poésie ; un poème inédit ; une courte notice biobibliographique avec liens et contacts.

Merci à Geneviève d’avoir répondu à ma sollicitation !

Geneviève Bertrand, une idée de la poésie

 

Auto portrait au poisson
 
    Auto portrait ?
Me demander pareille chose !!
(braver l’interdit du regard)
(se prendre au piège de sa propre image)
.et peut-être en mourir…..
Essayons
Prêtez moi un miroir
Pas celui là ! Vous voyez bien que je suis toute ridée
Et la peau fatiguée…
Celui là, c’est mieux, un peu en contre jour
Miroitement de bleu dans les yeux, de blond dans les cheveux
Mais
Est-ce le même blond qu’à vingt ans ??
Je vois parfois passer Dame la mort
dans le bas du visage
et le sourire hésite à sa source
Le moindre geste
Et le reflet se trouble
ou disparait

 

Laissons cela
Glissons sous la surface
Là où le sang charrie le même désir d’eau et de vent
Cette zone profonde hors du temps
Hors du regard
racine de « l’intention intense »
où l’âge n’a pas prise – point germe de la verticalité
Je glisse Je méandre Je poissonne
Je scintille un instant
Je plonge échappe à la prise
Jubilation du corps en mouvement – qui mesure sa force à celle des courants
Je sommeille dans les sables océans
Plénitude du monde fluidique
J’hésite change de cap d’un coup de nageoire
Nage éclatée dans mille directions
Pas de nord pas de sud l’immensité des possibles
Dans quel reflet de lumière trouverai-je ma part de vérité ?
Le souffle se bloque fait des bulles
Je m’impatiente – enrage – avance en aveugle
Fièvre et fureur
Je me heurte à une épave de navire
Mémoire échouée au plus profond des temps
Je suis toute meurtrie
Des bleus se forment sous ma chair nacrée
Je doute du chemin
Inquiétude et tristesse forment une vague sous marine
Je bois la tasse un comble !
Pas question de couler
L’épaisseur de l’eau me protège des violences
Rend la laideur opaque
Mais j’en reçois l’écho
Insensiblement
ma trajectoire s’en trouve modifiée
à chaque choc une écaille s’arrache
Jusqu’à la nudité de la présence
Je traverse un courant parfumé d’algues
Là des présences amies
même direction du regard
même nourriture de planctons et de poésie
Oui je cherche chez mes semblables un ami
Quête inlassable qui brûle le cœur
Se déchire aux illusions se blesse à l’intransigeance
Je connais le lieu des Solitudes irisées de lumière
Là je me fonds dans la totalité océane
apaisée par la cantate des mers
Je connais la danse qui rend au corps sa joie intime
Je connais le chemin de l’utopie qui mène à l’impossible
Il est fondateur du poème
Le monde tout entier
Se contient dans une goutte unique
J’y cherche inlassable
la part du Beau
 
 
 
Mots inter-dits
 
Le où des mots
retenus à l’intervalle du respir
suspendus entre systole et diastole
noués aux replis de la gorge
 
Mots chutés dans le blanc du silence
Enclos de la bouche devenue tombeau
 
Mots ravalés enfoncés
devenus nodules de chair
poche colmatée ignatisée qui laisse l’âme à vif
 
Mots rendus à l’urgence de l’écrit
Écrire à fleur de peau
les mots inter-dits
les «  nœud’aime » qui hurlent leurs désirs
refusent le déni
 
Bouche décousue au fil de l’écrit
qui autorise le cri
autorise l’attente
celle qui est dénuement premier
celle qui est promesse
 
Mots enracinés à la désespérance
Au point où la solitude lâche sa prise
Où la joie se glisse sous la peau
 
L’écriture est feu qui consume
Ecrire
Eclat
Etincelle de conscience à la brisure du corps
Nerf à vif
Folie du dire à la nervure de la feuille
 
Mots toujours échappés
Advenir à l’enfance racine – celle d’avant la parole
Lieu matriciel de la langue
ré-unie au silence primordial
celui qui laisse sourdre le son inaudible du monde
la vibration des pierres la pulsation de la sève
l’amour nomade dans l’éphémère du sang
 
 
 
 
La lucarne
 
  Ecriture entonnoir
froissements d’oiseau
stridulation des cigales
versés au long de la gorge
jusqu’aux entrailles – ouvertes à l’univers

 

C’est feu qui consume la carapace de solitude
La maison est vide – si ce n’est une présence millénaire
Eveil calcaire effrité
Face à la lucarne sous le toit
La falaise
Déchirée d’une nouvelle cicatrice
Scarification
Elle me dit
La falaise
Son visage ridé

 

L’éphémère du passage

 

Elle me dit
La falaise
Les pierres éboulées
Sous les pieds des enfants en partance
Ils ont quitté la terre mère
laissant le roc à sa verticale
laissant l’embrassement du feu
Cicatrice vive à l’ouest du jour
Les racines mises à nu
Elle me dit
La falaise
Le parfum des térébinthes
La brisure de l’absolu
Le vagissement des jours effeuillés
vent dans les tuiles
vent dans les toits
le vent entre toi et moi
lucarne minuscule à la limite des nuages
chant de brume
entre toi(t) et moi
souffle tiède de l’été bordé de cigales
entre toi et moi
le visage de l’absence de l’inconnu
encadré par la lucarne

 

le puits d’angoisse fore au plus profond
vent sur la nuque comme une promesse
bonheur à inventer sur le chemin
traces infimes traces infirmes
roulement de pierres éboulis de mémoire
infirmité d’amour
Je suis restée dans l’étonnement du vent
 
 
 
 

 

 

ELEMENTS DE BIOGRAPHIE

Née en 1949 à Montpellier – à proximité de cette terre cévenole « lieu d’attache qu’aucun ailleurs ne saura dénouer »

Etudes de philosophie – terminées à la Sorbonne

Après l’exil parisien, le retour en Provence en 1983 constitue une réconciliation intérieure d’où jaillit l’écriture

Les échanges avec J.L. Pouliquen, Jean Bouhier( 1997/98..) et Hélène Cadou l’aident à avancer dans sa pratique.

A participé et participe à diverses revues : Poésie terrestre, Traces, Les cahiers de la Baule, Filigranes, Souffles, Autre Sud, Comme en poésie….

Longtemps membre actif du Scriptorium (Marseille) – association de poésie

Membre de la revue d’écriture Filigranes (Aubagne)

Vit actuellement à Coudoux – village provençal en bordure de la colline

Travaille comme documentaliste dans un collège aux Pennes Mirabeau

Favorise la création d’ateliers d’écriture et anime le « printemps des poètes »

Aime jardiner et pratique l’Ikébana (art floral japonais), voie millénaire d’écoute de la nature et de ses rythmes, de dialogue avec les végétaux

Partie prenant de l’expérience d’écriture collective de « Malibert », nom d’auteur né à Lodève en juillet 2006 : sous le nom de cet « auteur impersonnel », trois amies poètes décidées à tresser leurs écriture sous la bannière utopique du nouvoiement. Malibert a publié « Tryptique pour un visage » (L’Harmattan) et « Tu n’as pas de maison » (Encres vives)

 

Bibliographie Geneviève Bertrand :
Saisons Vives…, Petit Véhicule,1998
Elles , La Bartavelle, 2000
Une fenêtre claque, Clapas, 2000
L’enfance à venir,, Encres Vives, 2001
(Mention prix Gaston Baissette en 2000 de la Compagnie des auteurs méditerranéens)
Ephémérides du silence, Encres Vives,.2005
Froissures, Cahiers de poésie verte, 2006
(Prix troubadours 2006)
Brûlure du silence, Encre et lumière, 2007
(Recueil de haïkus accompagné d’encres du peintre L.X. Cabrol)
Frontière de l’absence, Eclats d’encre, octobre 2008
Quintette du rien, Encres Vives, décembre 2008
(mention prix de la ville de Montpellier 2007)
Femme de l’ombre, RAC, février 2011
(recueil de haïkus illustré par L.X. Cabrol)

 

 

Geneviève Bertrand
1 chemin de Garrigues 13111 Coudoux
06.88.92. O1.69 // 04.42.52.07.04
genev.bertrand@laposte.net

 

 

 

 

 







 

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