Jean-Claude Martin/Une Idée de la poésie XX

JCM nous tournant le dos en Cappadoce…

Pour la Vingtième Idée de la poésie, Jean-Claude Martin, Président de la Maison de la poésie de Poitiers, nous livre ses réflexions, à rebours…

Il a inversé la formule, biographie en introduction dissociée de la bibliographie, changé l’autoportrait en selfie et surtout, il dit ne pas aimer la poésie qui, même, le « fait chier », c’est tout dire ! Et puisque c’est tout dire, je vous invite sans plus attendre à lire ce très charmant bonhomme, ce poète, Président de maison de la poésie que la poésie « fait chier »… et je vous avoue que moi-aussi, parfois, elle me fait… mais chut !

Biographie

Je n’aime pas les biographies.

Résumons : né en 1947 à Montmoreau (Charente). A travaillé de 1975 à 2007 à la bibliothèque universitaire de Poitiers. Depuis fin 2005  président de la Maison de la Poésie de Poitiers. N’a écrit (publié) que des poèmes en prose (influences dans les années70, après le surréalisme, de Ponge, Michaux, W.C. Williams, les objectivistes américains, etc.). A toujours rêvé d’écrire autre chose que de la « poésie ». Y est rarement parvenu…  (Autres passions – entre autres — : le théâtre, la course automobile, la mousse au chocolat…)

 

Selfie

J’aime pas non plus les selfies.

Si tu me le permets, Olivier, j’aimerais plutôt te proposer ce portrait vu de dos d’un individu habillé de sombre entrant dans un paysage étrange et lunaire (« lunatique » conviendrait mieux). En plus, je parais sur cette photo bien plus grand que je ne le suis en réalité (comme tous les petits, je n’aime pas être petit). En fait, c’est ma femme qui a pris cette photo lors d’un voyage en Cappadoce (Turquie). Si on veut me voir « de face », on peut aller sur le site de la MEL (Maison des Ecrivains et de la Littérature), ou sur internet, en faisant le tri de tous les autres Jean-Claude Martin qui existent…

(J’oubliais : je hais aussi mon nom ! Aïe! Aïe! Aïe!)

 

Mon idée de la poésie

Comme de bien entendu, je n’aime pas la poésie !

On pourra à juste titre me traiter de menteur et d’hypocrite, puisque j’ai publié plus d’une vingtaine de livres sous cette appellation, et suis même président depuis plus de dix ans d’une maison dite « de poésie » (« La tolérance, y a des maisons pour ça ! » écrivait Claudel. La poésie, y aurait-il donc aussi des maisons pour ça ?).

Bref, à chaque fois j’en étonne ou scandalise quelques-uns, mais la poésie, je l’adore, en même temps qu’elle me fait profondément chier.

Pour des raisons d’ego mal réprimé: j’aurais voulu être écrivain, écrire des trucs (des romans, quoi !) que plein de gens inconnus liraient et qui me rapporteraient beaucoup de sous, être connu, reconnu, invité à la télé, etc. Râpé. Y a pas plus SDF (et groupuscule) dans le monde littéraire actuel que la poésie !

Pour des raisons « intellectuelles » : dans les médias, le grand poète actuel est…  Grand Corps Malade (dans ma jeunesse, c’était ce faux rebelle de Brassens – qui ne vaut pas mieux), et dans les élites intellectualisantes (profs de facs de lettres et assimilés), les poètes importants sont des  adorateurs du nombril, qui « travaillent la langue » comme ils disent, et façonnent des potiches vides de tout. Exemple (à mon avis bien sûr): Christian Prigent.

Bref, j’ai toujours eu des sentiments ambivalents vis à vis de la poésie (et de ce qui l’entoure). Pour résumer cela (quoique de manière trop lyrique et mystique encore), je citerai un texte écrit il y pas mal d’années pour la revue « Poésie présente » de René Rougerie (repris en 1999 dans le recueil »Raison garder » paru au Dé bleu) :

 

Comme tous ceux qui tournent autour de cette pauvre fille appelée « poésie », je n’ai jamais cherché à savoir qui elle était. Je l’ai haïe, dénigrée, vilipendée : elle m’a fait honte avec sa robe de quatre sous qui n’attire que les chiens. De plus chatoyantes compagnes j’ai rêvé. Mais toujours elle fut là au bord du chemin avec sa gourde pour la soif et la fièvre, son chapelet de clés dont certaines, paraît-il, ouvriraient les portes des prisons. Et il m’en a fallu des doutes et des détours pour m’apercevoir qu’au bout de la route elle était la plus belle, dénudée, et la seule que j’ai aimée.

 

Petit ajout, puisque la poésie reste quand même pour moi d’abord une pratique littéraire, je dirais qu’elle se singularise dans mon cas par une immédiateté. Je peux avoir une idée de nouvelle, de pièce de théâtre, etc. Je la note… Elle peut attendre ensuite plusieurs jours, semaines ou mois avant d’être écrite, construite, « rédigée ». Le poème, non. Des mots, une phrase viennent : je dois réaliser le poème (son premier jet) dans l’instant. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y aura pas ensuite des relectures, des retouches, des refontes – parfois pendant plusieurs années. Mais dans un poème, les mots doivent être là au départ, aucun ne doit être inutile. Aucun superfétatoire. Couper, couper, couper… jusqu’à réduire à la « substantifique moelle ». Ce qui est le contraire du travail d’un romancier où les digressions sont nécessaires. Tant pis pour moi !

 

Inédits

      Jean-claude Martin : quelques ciels inédits

                                  (2016)

 

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Une journée bleue sur laquelle rien n’a encore été écrit. Ni cirrus ni stratus ni nimbus. Pas même de paraphes d’avions. Automne indulgent. Le Grand Notaire nous gâte. N’a pas pris de commission aujourd’hui. Nous autorise à jouir de la rousseur des choses. Bien sûr, l’averse est dans les dossiers. La tempête. L’ouragan… Jouissons.

 

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Immobile. Nous jurons tant par vitesse  que l’immobilité nous surprend. Le ciel est immobile, le vent semble immobile. Aujourd’hui… Bien sûr, rien ne s’arrête. Il est seulement doux de  croire que le ciel, le temps peuvent être en arrêt… Puis l’arrêt est suspendu. La mort est immobile ?

 

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Le ciel ne répond à aucune question. N’est pas compassionnel pour deux sous. Brille aux enterrements, pleut aux naissances – L’église n’a pas eu tort d’inventer Jésus-Christ. Je ne sais comment j’aimerais qu’il soit aujourd’hui. Un petit soleil me plairait assez…

 

 

Le bruit de la vie est gênant. De l’autre côté de la vitre. De l’autre côté de la forêt. On aimerait n’être que soi à respirer. Le bruit de la ville est un tourment. Regret, reproche, ressassement. Moteurs qui passent. Laissez-moi encore du temps…

 

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Feuilles tombées. Sans sépulture. Abandonnées aux boues, aux bottes. Dieu reconnaîtra-t-il les siennes ? Tes bras sont nus comme des branches mortes. Tant de visages disparus…

 

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Le jour passe insensiblement du gris au sombre, sans s’apitoyer sur les nuances. On se croirait à sept heures du matin. Quand l’aube a des airs de papier huilé. De linge sale. On n’a pas levé la tête vers grand-chose aujourd’hui. Trop tard. Aucune lampe ne nous sauvera.

 

 

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Dans un ciel bleu et chaud, on attend un nuage.

Dans un ciel gris et froid, on espère un soleil.

Même le ciel ne réunit pas les hommes !

 

Bibliographie éventuelle (réduire si besoin)

 

Théâtre

Je n’ai jamais pris l’autobus (Editions de l’Aiguille, 2014)

D’Eux (Editions de l’Aiguille, à par. 2017)

Nouvelles

De légers signes de la main (Atelier du gué, 1981)

Château fable (L’Escampette, 2011)

Poésie

Pour solde de tout conte (Le Dé bleu, 1981)

En chemin (Solaire / Fédérop, 1985)

Saisons sans réponse (Cheyne,1986 – Prix Roger Kowalski -Ville de Lyon 1986)

Plus d’un âne s’appelle Martin (Verso, 1988)

Le tour de la question (Le Dé bleu / Le Noroît, 1990)

Laisser fondre lentement (Rougerie, 1994)

Un ciel trop grand (Le Dé bleu, 1994 – Prix du Livre en Poitou-Charentes 1995)

Raison garder (Le Dé bleu, 1999)

Ciels de miel et d’ortie (Tarabuste, 2000 – Prix Louis Guillaume du poème en prose 2001)

Carnet de têtes d’épingles (Carnets du dessert de lune, 2002)

Ciels de miel et d’ortie II (Tarabuste, 2006)

Le Beau rôle (Wigwam, 2009 )

Tourner la page (L’Escampette,  2009)

Tourner la pagetraduction en arabe par Maram Al-Masri (Damas : Attakwin, 2011))

Carnets de têtes d’épingles (réed. rev. et augm. – Carnets du Dessert de Lune, 2011)

Ciels de miel et d’ortie I, II et III (réed rev. et augm. –  Tarabuste, 2011)

Rien ne sert de mourir (Gros textes, 2014)

Tourner la pagetrad. en espagnol par Cristina Madero (Mar del Plata : Editorial Martin, 2015)

Que n’ai-je (Tarabuste, 2016)

* On peut voir aussi une plaquette réalisée en 2007 par le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes (visible sur www.calameo.com) Et une vidéo (2009) fimée par Les Yeux d’Izo (visible sur le site du Centre du livre en Poitou-Charentes (www.livre-poitoucharentes.org) et sur Daily motion.)

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