Geneviève Bertrand /Poème inédit

Cet automne, une chute, le crâne contre le sol, la soudaine apparition de l’autre côté possible, puis le retour.

Merci à Geneviève Bertrand pour son poème, écrit en pensant au tableau de Picasso.

Carré bleu sur fond rose

Choc du crâne sur la pierre
Éblouissement de la douleur
Le son creux
en écho durant les nuits
longtemps

Bleuie
Cassée
Défigurée

Carré bleu sur fond rose
Sourire ébréché
Picasso ou cauchemar

Pas visible le visage
Si ce n’est de nuit
Fondu au noir du ciel
Retenu à la parole silencieuse

Les os se souviendront
Les chocs impactés sur le corps le vide du déséquilibre
Gravé dans la structure profonde
ce quelque chose comme une mort temporaire
suspendue

Une mise en alerte désormais inscrite

Pieds liés retenus à la pierre du chemin
Rocher en travers
posé en héritage à l’insu du plein gré de chacun

Malaise intime sécrété dans les tissus
De longue date

Alors
Ne pas a-gréer
Se délier des mémoires
du phagocytage familial
soigneusement embobiné au fil de la culpabilité
Cocon solide Fabrication maison

Faire face

Affronter l’orage
Éclairs et foudre
Ainsi le père de l’Olympe

En prendre plein la figure
Écumes et embruns

Ne pas être otage
Mais nouveau visage
A découvert

En creux dans le visage désormais
Ce qui était derrière
Ce qui demeurait caché non dit
Ce qui couvait

Crever l’abcès qui gonfle la joue
insomnise les nuits
ravage la dent
refuse de mordre à la vie
Soigner le mal à la racine

En-visager
le pire la rupture la cassure la mise au banc

et pourquoi pas le meilleur…

Pouvoir rire à pleine dents
Pas de pensée à l’arrière
mais lessiver en famille
à la javel au détergent
ænettoyer les mémoires les images en miroir

Haute trahison dit le songe échappé des draps 
Impossible si plus de tribunal
si pas d’aînée-ide ni odyssée

La voyageuse rentre chez elle
en paix
Elle danse aux rivages de l’intime et du ciel

Croyances brisées comme noix sous la pierre
Seulement la brise du soir sous le tilleul

Solitaire l’étrangère en sa famille
De passage
Traversée des lieux et des regards
Amour quand même
Renoncer à la clarté
Manger la solitude

Être l’hôte de sa vie

Geneviève Bertrand
Oct 2014

Dépositions, le blog d’Olivier Bastide

Publié dans Uncategorized | Marqué avec | Commentaires fermés sur Geneviève Bertrand /Poème inédit

Gil Fagiani, Idée de la poésie XVI, dans le New-York Times

Gil Fagiani par David Gonzalez/The New-York Times

Quelques jours après la mise en ligne de l’Idée de la poésie de Gil Fagiani, Christian Garaud me fait part d’un article sur Gil dans le New-York Times, sans doute une gazette de quartier… Toujours par fainéantise, et profiteur, je lui demande s’il veut bien me le traduire, ce qu’il accepte bienveillamment… OB

Article de David Gonzalez sur Gil Fagiani publié dans le New York Times du 17.2.14. Pour lire le texte original en anglais, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

http://www.nytimes.com/2014/02/17/nyregion/a-poet-mines-memories-of-drug-addiction.html?ref=nyregion

 

Un poète puise dans ses souvenirs de toxicomane

 

Gil Fagiani sort un exemplaire de « White Lightning », un tabloid jauni de 1972 dont les pages fragiles déclarent la révolution. A l’intérieur, il m’indique du doigt un article polémique dont il est l’auteur et qui a pour titre « Drogue et racisme ». L’article décrit comment, accro à l’héroïne, il a été arrêté dans un immeuble de East Harlem,  puis relâché par la police avec un avertissement parce qu’il appartenait à la classe moyenne blanche, alors que son  soi-disant contact,  un ancien détenu portoricain, a été déshabillé, arrêté et battu.

 

Il me raconte cette histoire dans sa salle-de-séjour de Queens, à Long Island City, d’où on peut presque voir les rues d’East Harlem où il était un drogué à la fin des années 60. A l’époque, il a fait bien des choses : il a été diplômé d’une école militaire, organisateur communautaire, gauchiste et drogué. Maintenant, à 68 ans, c’est un survivant.

 

Ce passé difficile est loin, mais il persiste dans la mémoire. Il est une source d’inspiration pour des poèmes en vers libres où Gil Fagiani reproduit les rythmes de la lutte et de la vie de rue qui, espère-t-il, toucheront les gens mieux que ses écrits politiques ne pouvaient le faire. Cet article de journal de 1972, dit-il fièrement, est devenu « Tout juste sorti de prison », poème qu’un périodique vient d’accepter de publier.

 

« En prose », dit-il, « le texte était didactique. La forme poétique lui donne de la force. Je sens que la poésie peut toucher les gens plus fortement que l’essai parce qu’elle fait naitre des émotions. J’ai confiance en moi et j’essaie d’être honnête. On ne change pas les gens avec des discours politiques ».

 

Il a remarqué ces dernières semaines la vague d’émotions et d’opinions qu’a suscitée la mort par overdose très médiatisée de l’acteur Philip Seymour Hoffman. Comme tant d’autres, il voit dans cette mort une mise en garde, en même temps qu’une leçon susceptible de tirer de leur aveuglement d’autres drogués à cause de la célébrité de cet acteur.

 

En même temps, il comprend le frisson et l’attrait qui précèdent la chute parce qu’il les a éprouvés dans sa propre vie. Reflètent cette séduction certains de ses poèmes où des jeunes gens surexcités se sentent invincibles, ou au moins indifférents au danger. Ce que d’autres voyaient comme surréel, ou simplement criminel, était pour lui la vie de tous les jours.

 

Pendant une bonne partie de sa vie d’adulte, après s’être débarrassé de son addiction, il a travaillé dans un hôpital psychiatrique du Bronx, et il a ensuite dirigé à Brooklyn un centre de réhabilitation pour toxicomanes.  C’est plus tard, quand il avait la quarantaine, qu’il s’est mis à écrire des poèmes. La chose n’a pas été facile avec son travail à temps plein.

 

« J’étais un spécialiste des abus de stupéfiants », dit-il. « Il y avait une contradiction entre ma profession et mon désir d’être honnête dans mes écrits. Il y a cette liberté dont vous jouissez en poésie. Dans mon poème « Crossing 116th Street », j’ai écrit sur ce mélange de drogues,  sur le fait d’être  si excité, et dans un état de bien être presque parfait. J’ai aimé les drogues. Au commencement. »

 

Evidemment, les choses ont changé. Il a changé. Un séjour de 14 mois dans un centre de thérapie (portant, de façon prémonitoire, le nom de « Logos », le mot grec pour « parole ») l’a mis sur un nouveau chemin en 1969. Avec le temps, il a exploré ses racines italiennes et appris qu’un oncle, Cesare Fagiani, avait été en Italie un poète estimé. Il a découvert que Cesare, et son père, et sa femme avaient tous été des poètes écrivant, la plupart du temps, dans le dialecte de Luciano, leur ville natale. Ils appartenaient, dit-il aussi, à la tradition des poètes qui écrivent pour les gens du peuple.

 

« Ce n’était pas des poètes venant d’un milieu littéraire, ni d’une classe privilégiée. Ces villes en Italie étaient leur propre univers. Elles avaient leur propre langue. Quand j’ai demandé à quelqu’un mon chemin pour aller dans la rue portant le nom de mon oncle,  l’homme a récité un de ses poèmes « .

 

Quand Gik Fagiani s’est tourné vers la poésie dans les années 90, sa source d’inspiration est devenue les gens et les lieux d’un passé allant de son éducation d’enfant de classe moyenne du Connecticut à sa vie de clochard à East Harlem, et sa renaissance dans le Bronx. Un de ses recueils de poèmes couvre les 12 années passées comme aide dans le Centre Psychiatrique du Bronx. Un autre a pour titre « A Blanquito in El Barrio » (« Un Jeune blanc à El Barrio »). (El Barrio est le nom espagnol d’East Harlem).

 

Il a pris sa retraite il y a quelques années et consacre davantage de temps à son travail d’écrivain, de traducteur et de chercheur. Il s’intéresse en particulier à la vie de Vito Marcantonio, un socialiste radical italo-américain qui a été député d’East Harlem à la Chambre des Députés. Il ne cherche pas à marquer des points dans le milieu littéraire. Il préfère toucher les gens du commun.

 

« J’ai découvert une vocation pendant ma convalescence : celle d’aider les gens. Je ne fais plus tellement de politique à l’heure actuelle. Mon engagement passe dans mes poèmes. Je suis prêt à prendre le risque et à faire confiance au lecteur. Je m’intéresse aussi davantage à donner un sentiment de dignité aux gens que la société voudrait considérer comme le rebut de l’humanité. Eux aussi sont des êtres humains. La raison pour laquelle ils sont devenus des toxicomanes est complexe ».

Traduction : Christian Garaud

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés sur Gil Fagiani, Idée de la poésie XVI, dans le New-York Times

Gil Fagiani/Une Idée de la poésie XVI

Fagiani devant Maiella(Gil Fagiani devant Maiella)

Gil Fagiani est un poète américain d’origine italienne que je découvre par l’entremise de Christian Garaud. Notre ami poète, auteur des Pommes clochards recueil par lequel je l’ai lu pour la première fois, reprend du service comme passeur, amoureux de poésie et traducteur après une première tentative avec Katrinka Moore.

Je ne connaîtrais pas Gil Fagiani sans Christian. Gil Fagiani, en apparence, loin de mon écriture et pourtant… Ce poète conçoit la poésie insérée, incrustée dans la vie, dans sa vérité, dans ses miasmes, dans ses bières sujettes à toutes les homonymies, dans tous les lexiques. Sa poésie est bousculade et académisme ; elle est le verre et la déglutition, en cela, sa beauté ; une découverte authentique !

Olivier Bastide

NB : Le texte français est traduit par Christian Garaud

AUTOPORTRAIT, 1968

  Des boucles de cheveux noirs s’échappant d’un chapeau vert Kangol dont les cigarettes ont brûlé le bord.   Une peau couleur de jaunisse avec barbiche et moustache pareilles à des faucheux.   Une chemise avec des taches de vin une fermeture éclair de braguette coincée des talons à bout de course.   Dans le portefeuille de la poche arrière : reçu du mont-de-piété, appel sous les drapeaux, assignation à comparaître pour non respect des passages cloutés.   Des yeux compressibles grands comme des jetons de poker ou minces comme des fentes pulpeuses.

 

 

Mon idée de la poésie

  Quand j’ai habité East Harlem dans les années 60, j’ai été frappé par la façon énergique et créative dont les jeunes parlaient dans ce quartier pauvre de la partie supérieure de Manhattan : c’était un mélange d’anglais et d’espagnol, de langue familière et d’argot. Alors que leurs conditions de vie matérielles étaient très difficiles, ils parlaient de façon dynamique. Leurs voix ont rendu plus vif l’intérêt que j’ai porté toute ma vie à l’expressivité de la langue parlée. C’est maintenant, après avoir travaillé quarante ans dans les services sociaux, que je me rends compte que ces voix, que j’ai entendues autrefois, exercent l’influence la plus importante sur mon esthétique de poète. Je pense aux échanges ordinaires entre les gens. Je tente de donner une nouvelle forme à ce que j’observe, ce que je perçois, pour le mettre en relief et le rendre aux gens de la rue – pas seulement à un public amateur de littérature. La poésie est une manière forte et concentrée de communiquer. Pour moi, elle représente la possibilité de transmettre la complexité d’une expérience plus intensément qu’en utilisant d’autres formes d‘expression verbale. Bien que j’essaie de respecter toutes les traditions poétiques, y compris celles de l’avant-garde, je tiens à une forme de communication facile d’accès. J’éprouve une de mes plus grandes satisfactions lorsque quelqu’un s’approche de moi pour me dire : « Je ne connais pas grand chose à la poésie, mais j’ai vraiment été ému par ce que vous avez écrit ».

Poème inédit

 

PRUNEAUX SECS ET BISCUITS TREMPES

 

Vietnam, 1964

  J’ai déjà eu deux fois la chtouille, mais j’ai désespérément besoin d’une pute. Je suis fauché – pas un rond, c’est pourquoi je me glisse dans la tente du mess, attrape la première chose qui me tombe sous la  main, une boîte de conserve géante d’un vert terne de pruneaux secs de l’armée. Je la place au creux de mon aisselle comme un ballon de foot, m’extrais de la tente et me précipite au bar – interdit aux soldats et dans le champ de vision de l’ennemi – huit cent mètres plus loin. Quand je montre la boîte de conserves à la mama-san, elle crache du jus de bétel, acquiesce d’un signe de tête, et me montre du doigt une tente minuscule où je peux tremper mon biscuit.

 

Bio-biblio

  Gil Fagiani est un chercheur indépendant auteur de poèmes, de nouvelles et de traductions. Son recueil de poèmes le plus récent a pour titre Serfs of Psychiatry (Finishing Line Press, 2012). Il a traduit en anglais des poèmes écrits en italien et dans le dialecte des Abruzzes. Il est co-organisateur des lectures mensuelles de l’Association des écrivains italo-américains au Cornelia Street Café à Manhattan, et rédacteur associé de la revue Feile-Festa.

 

SELF-PORTRAIT, 1968

 

 

Black hair curls

out of a green Kangol

with cigarette-burned brim.

 

Jaundiced skin

hosts daddy longlegs

goatee and moustache.

 

Wine-stained shirt

jammed fly zipper

hollowed-out heels.

 

In back pocket wallet:

pawn ticket, draft notice

jaywalking summons.

 

Compressible eyes

from poker chips

to pulpy slits.

 

 

What Is My Idea of Poetry

Gil Fagiani

When I lived in East Harlem in the 1960s I was struck by the creative and powerful way young people spoke in this poor quarter of upper Manhattan, a mixture of English and Spanish, slang and argot. While their material conditions were depressed, their speech was dynamic. Their voices heightened a lifelong interest I’ve had in expressive spoken language. Engaged for more than 40 years in social work, I now realize those voices I’d heard constitute the major influence on my aesthetic as a poet. I think in terms of “ people to people,” what I observe, perceive, I seek to reshape, enhance and redirect back to people—not just a literary audience. Poetry is concentrated, powerful verbal communication. For me, it represents the ability to transmit the complexity of experience more intensely than other forms of verbal expression. While I try to respect all poetic traditions, even the most avante-guard, I place a high premium on accessible communication. One of my greatest satisfactions is to be approached by someone who says, “I’m not into poetry, but your work really moves me.”

 

DRY PRUNES AND WET ONIONS

Vietnam, 1964

I’ve had the clap twice, still I’m desperate for a hooker.

I’m broke—no bread, so I slip into the mess hall tent,

grab the first thing I find, a giant OD—olive drab—

military issue can of dry prunes. I cradle it

under my arm like a football, squeeze out of the tent

and run to the bar—off-limits to GIs

and in the enemy’s sights—a half-mile away.

When I show the mama-san the tin, she spits out betel juice,

nods yes, and points to a tiny tent where I can get my onion wet.

 

 

 

 

Biography, Gil Fagiani

 

Gil Fagiani is an independent scholar, translator, short story writer and poet. His most recent published collection of poetry is Serfs of Psychiatry (Finishing Line Press, 2012). He has translated into English poetry written in Italian and Abruzzese dialect. Gil co-curates the monthly Italian American Writers’ Association’s readings at the Cornelia Street Café in Manhattan, and is an Associate Editor of Feile-Festa.

courriel : fagianella@aol.com
 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Gil Fagiani/Une Idée de la poésie XVI

Météorologie interne

_ELL2830

 

 

Aujourd’hui, c’était la Chandeleur au Scriptorium de Marseille. Dominique Sorrente recevait rue de l’Oratoire, sous la Bonne Mère, Scripteurs anciens et nouveaux pour un intervalle de lecture poétique et de crêpes. Ne pouvant y aller, j’envoyai cette petite Météorologie interne…

 

Météorologie interne

Si j’envisage mon intérieur comme une géographie propice aux frasques météorologiques, j’approche la vérité.

« Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville » disait-il… Je garde en moi ces mots depuis mon enfance.

Le soleil doit embraser jusqu’à la plus infime parcelle d’être, sans cela reste en germe le malheur.

Quand s’instaure la saine accalmie, l’immobile non immuable, l’expansion de soi a pour seule limite la foi.

Être fait de barrières  et de paradigmes, d’échafaudages, d’échauffourées, tenir corps et âme au vaste mouvement.

Ne plus savoir s’il s’agit du dedans ou du dehors, si la bourrasque est intestine, le mal de crâne en haut de la colline, l’horizon du matin ou du soir.

Le vent, mon ange, mon démon.

Olivier Bastide

 

 

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés sur Météorologie interne

Sabine Huynh/Une Idée de la poésie XV

Sabine Huynh par Anne Collongues

Sabine Huynh par Anne Collongues

Sabine Huynh nous dit que l’eau est lointaine et précieuse, qu’elle sait parler aux oiseaux ; elle nous dit encore la multiplicité des langues, l’immensité de Celle poétique. Elle écrit son autoportrait en regard du portait énigmatique de René Char. Je suis touché que le mystère que nous partageons soit celui d’une poésie à la source des Sorgues dont les eaux se scindent pour mieux irriguer notre pays commun, le langage. Belle rencontre que celle des hasards.

Olivier Bastide

Autoportrait

D’après l’un de mes tableaux préférés, « Le poète Renaît Char éveille l’homme », portrait énigmatique de René Char réalisé par le peintre surréaliste Viktor Brauner, que j’ai copié sur une toile (à la gouache) et accroché au-dessus de mon bureau.

Viktor Brauner-Le poète René Char éveille l'homme (1950)

Viktor Brauner-Le poète Renaît Char éveille l’homme (1950)

 

L’œil gauche au plafond

les lèvres de silence mauves

la quête du menton

j’ai soif

je n’ose bouger

les attributs me clouent

dans l’espace

l’eau est lointaine et précieuse

en équilibre

j’entends déjà le fracas

l’inévitable

je sens

les serres d’hybridité

plantées dans ma gorge

m’étrangler jusqu’au cri

jusqu’à la vie

dans le soleil et le vent

me dépasse et me masque

tout ce qui m’a traversée

je ne me reconnais pas

dans l’ésotérisme

je sais parler aux oiseaux

je n’ai d’ailes

que cette langue trop grande

dans laquelle je flotte

éperdument.

 

 

Mon idée de la poésie…

La poésie, une langue, des langues… cette langue autre… à qui l’enfant muette que j’ai été doit sa voix intérieure, puis extérieure. Elle est donc dialogue, elle permet celui-ci, accroissant l’univers, et peut mener, dans le meilleur des cas, à une forme d’entendement possible. J’y ai trouvé ma demeure. Elle me protège aussi dehors.

Cette langue d’immensité, d’horizon… sans laquelle je n’aurais pas pu vivre, mais devant laquelle je me sens souvent impuissante, balbutiante, bègue.

Cette langue secrète et inédite — non dite, pas encore dite, et peut-être avec quelque chose d’inné, ce qui ne signifie pas qu’elle ne soit pas à travailler. Une langue qui n’est pas héréditaire, qui n’est pas transmise, qui n’a rien de maternelle, ni d’étrangère, d’ailleurs.

Cette langue venue de vides vécus, ainsi que de toutes les langues qui ont traversé mon parcours et mon corps. La langue de l’ailleurs que je me suis créé pour pouvoir survivre à l’ici. Vu comme cela, la poésie est aussi une victoire sur le réel. Si seulement… Mais si, il faut y croire.

Cette langue d’alluvions, somme de plusieurs langues… Langue écrite, modelée, en chancelant, à tâtons, parce qu’on a perdu sa langue maternelle. L’étrangeté d’écrire avec des langues d’emprunt, tout en boitant…

Ces langues-bouées sont aussi celles qu’on entend et tous les livres de poésie qu’on lit : des eaux dans lesquelles on apprend à nager, et c’est peut-être cela qui compte à la fin, l’apprentissage, la flottaison, et le plaisir que cela procure.

Cette langue qui incessamment murmure ou gronde dans ma tête comme une source ou un volcan, et qui surgit surtout lorsque mon corps se trouve dans un élément liquide, ou quand je suis dans un état hypnagogique ou hypnopompique… donc quand le corps et l’esprit sont en apesanteur, en quelque sorte, ou du moins quand ils sont affranchis du trop-plein du quotidien. Oui, il s’agit d’un bain de lenteur, et de membres engourdis, englués dans un temps qui leur est propre, hors du temps en quelque sorte. Quand il ne reste plus que les sensations, en somme. Durant ces moments où l’on sent qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas, renoncer — car revenir « sur terre » est alors un sacrifice risqué — la langue se déplie, se déroule, se déploie, très lentement, avec beaucoup d’hésitation, de difficulté, et de passion aussi. Remontée du fin fond, elle s’extirpe de ce qui l’étouffait et fait surface, me laissant tremblante, reconnaissante.

Cette langue magique et généreuse, car elle donne la possibilité de toucher, en l’habillant de mots, à l’invisible, qui autrement serait resté de l’ordre de l’indicible. Possibilité à la fois terrible et merveilleuse. Dire la nuit, la lumière, dire la vie et la mort, et tout ce que cela implique. Faire ressortir, sur un fond de ténèbres, l’extrêmement risqué sans lequel on ne saurait vivre (le « beau » ?).

Mon idée de la poésie se résumerait peut-être à la liberté que je lui dois. La poésie est un arbre, une boussole. Personnellement, elle me dit où je suis, qui je suis, elle me retient et me tient, ensemble.

 

 

Poème inédit

En hébreu elle dit la langue

enfuie

l’ovdane, la perte

dès l’impossible naissance

 

de la mère, de la terre

du père

lui répond celle du fils

de la lumière, des repères

 

la vie n’aidant pas

le frère non plus

n’a pas voulu

rester

 

//

de solitude le chemin

dans le sein creuse

l’autre côté

 

//

 

le maëlstrom du passé

étourdit ses gestes

 

//

 

entre elle et là

où la mène

le voyage sans ancre

la pluie des mots chus

dans le paysage

 

//

 

Certains jours tout est tel

qu’elle n’est rien

son cœur se jette

contre les lames

 

tout a brûlé

elle est orpheline

l’air est vieux

 

//

 

Son ventre abrite une montagne

de ga’agouyim, les manques

ce lieu

où elle est

sans y être

jamais allée

ces corps immobiles

 

//

 

les lieux où elle dort

n’ont pas de lits

ils sont de l’eau

ils ne font jamais

les mêmes bruits

portés par mille vagues

 

//

 

se réveiller quand même

avec la vision

d’une demeure sans chagrin

sans tache

indélébile, une demeure

qui aurait à peine vécu

où l’on aurait à peine su

 

se réveiller

 

 

(extraits de Elle dit la langue enfuie, recueil inédit, en chantier).

 

 

Notice bio-biblio

Sabine Huynh est née en 1972 à Saigon et a grandi dans la banlieue lyonnaise. La vie l’a ensuite menée en Angleterre, aux États-Unis, au Canada et en Israël, où elle réside aujourd’hui. Après des études en littérature anglaise et américaine (Université Lumière Lyon 2), puis en sciences de l’éducation et F.L.E. (Université Lumière Lyon 2 et Université de Cambridge), suivies d’un doctorat en linguistique (Université Hébraïque de Jérusalem) et d’un post-doctorat en sociolinguistique (Université d’Ottawa), et un certain nombre d’années dans l’enseignement (primaire, secondaire), ainsi qu’au sein d’Alliances françaises et centres culturels français, et à l’université (enseignement, recherche), elle se consacre désormais à l’écriture, à la collaboration avec des revues et des artistes, et à la traduction littéraire (de l’hébreu, l’anglais et l’italien). Quatre ouvrages qu’elle a traduits ont été publiés et d’autres traductions sont en chantier. Elle écrit principalement en français et en anglais et son travail a été publié en revues et en anthologies. Elle a initié et dirigé l’anthologie poétique d’expression française de voix féminines contemporaines pas d’ici, pas d’ailleurs (co-auteures : Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire ; ouvrage paru en 2012 aux éditions Voix d’encre).

Ouvrages (parus et à paraître) :

La Migration des papillons (poèmes, avec Roselyne Sibille, éditions La Porte, mars 2013)

La Mer et l’enfant (roman, Galaade Éditions, mai 2013)

En taxi dans Jérusalem (prose, avec des photographies d’Anne Collongues, éditions publie.net, juillet 2013)

Les Colibris à reculons (poèmes, avec des craies noires de Christine Delbecq, éditions Voix d’encre, septembre 2013)

Tu amarres les vagues (poèmes, avec des photographies de Louise Imagine, éditions publie.net, 2014)

Tel Aviv / ville infirme / corps infini (poèmes, avec des peintures d’André Jolivet, éditions Voltije, 2014)

« À l’origine de nos cris, une absence de concordance », in Au rendez-vous des amis, vol. 2 (poème en prose, éditions Rafael de Surtis, ouvrage collectif, 2014)

« Onze extraits du journal de X. (entrées hasardeuses dans ses paysages) », in Récits des paysages (prose, d’après les Paysages de Jeremy Liron, éditions Nuit Myrtide, ouvrage collectif, 2014)

 

On peut la retrouver sur son site, presque dire, et sur Twitter.

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , | Un commentaire

Dominique Sorrente/Une Idée de la poésie XIV

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

Dominique Sorrente/Portrait à l’arbre

 

A l’heure où Dominique Sorrente accepte de délivrer son Idée de la poésie, il esquiverait presque l’exercice en conviant Paul Valéry, George Bernard Shaw, Hölderlin, Ossip Mandelstam à le faire à sa place, mais il se reprend instantanément et offre un premier inédit, Un Beau poème, dans lequel il écrit : « Un beau poème ne devrait laisser personne sur la paille ». Ainsi, le poète est lui-même, lui-même au milieu des autres, un parmi d’autres, un autre parmi eux, car Dominique, s’il est une voix ferme de la poésie contemporaine, est une voix qui cherche le partage, le chorus, une voix qui, sans fausse modestie, connaît sa propre valeur, tout autant qu’elle cherche la rencontre, l’incidence poétique, l’humaine profondeur.

Olivier Bastide

***

Autoportrait 

 

NOTE BIO DÉGRADABLE

Naissance : Milieu de nulle part, au milieu du dernier siècle qui s’éloigne, qui s’éloigne…

Décès : mention à compléter à convenance mais sans précipitation intempestive

Enfance figue et marron, olympienne et sablonneuse, bon élève en général mais renvoyé

un jour de l’École pour cause de poésie ; ne s’en est jamais vraiment remis.

Adolescence : tout à signaler

Âge adulte : à partir de 1978 (parution de Citadelles et Merséditions Sud), commence la poursuite à épisodes des poèmes de la maturité qui ne cesseront depuis d’être déplacés au lendemain. Une étagère de carnets gribouillés, une vingtaine de livres et des traces par ci, par là, d’anthologies en festivals, revues, lectures, récitals, et tout le tra la la : la quête est loin d’être épuisée tandis que le public semble l’être parfois.

Depuis bientôt quinze ans, anime un objet poétique non identifié, le Scriptorium, qui tient une bonne place, mettons un tabouret invisible, dans l’univers des glorieux introuvables.

Pour une meilleure maîtrise du mode d’emploi, consultez sur internet sa page wikipedia ou offrez-vous un séjour dans la baie de Naples. Elle en vaut la peine.

La cause de ce poète étant désespérée, elle finira bien par cesser d’être grave…

 

***

 

Mon idée de la poésie

Empruntés à d’admirables  prédécesseurs que je salue, toute révérence bue, voici quelques premiers cailloux blancs du jeu de piste dans la forêt qui m’occupe  depuis  quand même bientôt un demi-siècle :

«  Les gens se font une idée si vague de la poésie qu’ils prennent ce vague pour l’idée même de poésie » Paul Valéry

« Quand on enlève tout ce qui  ne sert à rien, tout le reste s’écroule »  George Bernard Shaw

« Plein de mérites, pourtant c’est en poète que l’homme habite sur cette terre » Hölderlin

« Ce qui distingue la poésie de la parole machinale, c’est que la poésie justement nous réveille, nous secoue en plein milieu du mot. Ce dernier se révèle alors à nous d’une étendue bien plus vaste que nous ne l’imaginions, et nous nous rappelons soudain que parler veut dire : se trouver toujours en chemin. » Ossip Mandelstam

 

J’ajoute ce poème inédit dans ma déposition du moment..

 

UN BEAU POÈME

Bec du monde, terreur de profil, route de Samarcande,

un beau poème

ne devrait laisser personne

sur la paille,

ne devrait laisser

qu’un grain de folie

à faire germer plein champ,

qu’une bouche grande ouverte

au lieu du courant d’air

bien après que les mots, ourlets de perdition,

l’auront déserté.

 

***

 

Poème inédit

 

 

Ostende, Rock Strangers

Ce qui fait tenir et ce qui fait vaciller.

Le pas obstiné de février aux abords de la digue.

 

Marcher seulement dans les contours du vent

avec les vieilles cérémonies des thermes, de l’hippodrome, du casino,

les parfums de splendeur fanée, les effrois de débâcle,

 

longeant la mer, avec la pluie à son oblique,

 

promeneurs rares, sans projet,

devinant seulement que les choses nous guident vers nous-mêmes.

 

Rien d’encombrant à porter, seulement l’étrange zigzag

de la valise qui roule

sous l’emprise des rafales de vent.

 

Rien de neutre. Les formes rouges entre mer et ciel

pour ne glisser

que dans le gris.

 

Mais froid comme jamais,

parmi les plantes qui tremblent et résistent, dos rond,

parce qu’elles sont mises en terre suffisamment.

Envie de leur tempérance.

 

On rêve qu’on se met à l’abri du mauvais ciel avec un simple tissu blanc.

 

Les vagues ont leur monde de l’autre côté du voyage, une durée sans cesse.

Le temps ne permet pas de s’en rendre compte.

 

Et tout au bout du parcours, les formes étrangères

costumées à la dure

avec leurs froissures d’ écarlate

défient le vent.

 

***

 

Bibliographie/Critiques

Dominique Sorrente est l’auteur d’une vingtaine de titres publiés notamment chez Cheyne (http://www.cheyne-editeur.com/) et MLD (www.editions-mld.com ),

 Il revendique une humeur polygraphe qui, tour à tour, le fait devenir parolier, auteur de micro-fictions, chroniqueur, improvisateur musicien, mais, avant tout, poète. Son anthologie personnelle « Pays sous les continents, un itinéraire poétique 1978-2008 » a reçu le Prix Georges Perros. Après « C’est bien ici la Terre » préfacé par’ Jean-Marie Pelt, (éditions MLD), il prépare aujourd’hui son prochain recueil « Il y a de l’innocence dans l’air » qui paraîtra aux éditions de l’Arbre à paroles (Belgique).

En 1999, il fonde à Marseille le Scriptorium (www.scriptorium-marseille.fr) qui propose des formes originales de poésie partagée (intervalles, caravane, transcontinentale, jumelages, poésie chorus) à la recherche d’une « poésie de la coïncidence ».

À l’automne 2013, Dominique Sorrente a également créé avec la slameuse Marie Ginet la lecture-spectacle « Nord Sud où vont les fleuves ». (http://slam-lille.com/litterature/residences-decriture)

Poète méditerranéen, d’influence celtique, Dominique Sorrente est ancré à Marseille « sœur du monde entier » où il vit la plupart du temps sur sa colline d préférence. Au théâtre Toursky, il est membre du collectif de la revue des Archers. À noter la récente contribution et préface qu’il a signées dans le numéro spécial « Marseille terrain vague », à l’occasion de l’année Capitale européenne de la culture 2013 (http://www.toursky.org/2013-2014/pagesite/archers.htm).

Pour une bibliographie précise, on pourra se reporter au site de la Maison des Écrivains

http://www.m-e-l.fr/fiche-ecrivain.php?id=843

 Commentaires sur l’œuvre

 « Qu’il s’agisse de prose ou de poème, l’écriture est limpide et trace le relief d’images saisissantes, et les mots comme lavés offrent une sorte de force ascendante, d’éclairage lucide pour opposer leur ordre et leurs signes aux « milliers d’années de chaos »

 Robert SABATIER, Histoire de la poésie française

« Dominique Sorrente a des fidélités : à son territoire, villes devant la mer, et Marseille principalement. Aux îles qui y sont encloses, qu’elles soient d’Atlantique, en Irlande ou Écosse, ou de Méditerranée, de Patmos à If devant sa fenêtre. Fidélité d’écriture, qui induit qu’on en fasse l’expérience, que l’écriture naisse du voyage. Fidélité aussi à un pays d’écriture, avec les noms tout en premier de Hölderlin ou Bonnefoy, et la rencontre, à 16 ans, d’un des plus fulgurants marcheurs de la poésie de ces dernières décennies, Christian Gabrielle Guez Ricord…Alors une vie s’assemble dans le dialogue constant avec ces lignes de force…Sous les mêmes ciels que Char ou Saint-John Perse, Sorrente reprend cette tâche et cette responsabilité de la célébration grave : c’est cette densité, agrandie de mer, qui lui est propre. »

 François BON, Publie.net 2010

 « …Procédant du simple au complexe, d’une image presque anodine à une comparaison plus insolite, le poète, par touches brèves et précises, par un cheminement qui ne l’écarte jamais de ses repères familiers, avance d’un palier à un autre – d’un objet déjà manié qui le frappe à nouveau à sa signification qu’il cherche encore, et débouche tout naturellement sur une zone obscure, environnante, qu’il faut éclairer –, ou sur  le trouble qui l’oppresse et l’angoisse et qui, pour conclure, le font se reprendre, ici en formulant un conseil éthique ou là encore dans une tenace aspiration vers l’innocence, vers le mieux en qui la plupart des conflits se résolvent… »

 Deborah HEISSLER, Paysages et lieux de Dominique Sorrente, revue Nunc, automne 2011

 « …Le poète lève des formules secrètes, saute d’une rive à l’autre — avec ou sans passerelle —, il interpelle les lettres qui font signe, cherche une vérité où se poser pour reprendre souffle, et s’en va plus loin sans s’attarder ni s’appesantir. Et voilà l’esprit entraîné. Car le pouvoir de cette poésie est d’emporter. Sur les traces d’un monde perdu-trouvé entre points de rupture, de fuite, et temps d’équilibre fragile, de sérénité provisoire. D’entraîner à voir… »

 Laurence VERREY, Un corps qui tient le paysage, lecture de C’est bien ici la terre, in Terre de femmes, novembre 2013

« …Il y a avec le fleuve comme à la fois un dédoublement et une sorte de ramassement du mouvement sur lui-même. Et c’est avec ce mouvement que Dominique Sorrente emporte la voix, dans sa manière d’interrompre les vers, au milieu de leur continuité, lorsque la voix s’arrête dans un faux arrêt au bout de la ligne, et continue dans un départ qui n’est pas un commencement. Le dédoublement et le ramassement du mouvement sur lui-même s’imposent comme une équivalence. Non pas comme s’il y avait une respiration du mouvement, mais qu’au contraire, le mouvement restait figé dans son mouvement même… »

 Marilène VIGROUX, Le poème comme geste troubadour, promenade avec Dominique Sorrente, étude inédite, 2013

 Mail : poesiescriptorium13@gmail.com

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , | Un commentaire

Katrinka Moore/Une Idée de la poésie XIII

Katrinka Moore-photo de Flash Rosenberg

Katrinka Moore-photo de Flash Rosenberg

« Je ne suis plus cette enfant, mais » écrit Katrinka Moore, et cela suffit à me toucher. Je ne suis plus, nous ne sommes plus cet/ces enfant/s, mais. Et que le fleuve soit Rhône ou Hudson, que l’on soit Olivier, Katrinka, Ismaël, Bernard ou Pétronille, qu’il soit ce temps ou bien un autre, c’est ou ce sera ainsi.

Merci à Christian Garaud (Idée de la poésie IV) de nous faire découvrir Katrinka et à elle-même d’avoir accepté l’invitation pour ce pont de par et d’autre de l’Atlantique.

***

 

Autoportrait

Maintenant, je cherche la lenteur et la tranquillité dans une grande ville. Mais quand j’étais jeune, j’aimais la rapidité dans un lieu où la vie était lente. Je ne suis plus cette enfant, mais je pense que je suis –

la fille est debout sur un cheval

au galop/ses pieds nus serrent

les deux côtés de l’épine

dorsale/cheveux en bataille, queue

au vent/la terre se précipite

le cheval court/la fille recroqueville

ses orteils/tient

bon, tient bon

Mon idée de la poésie

Quand j’étais chorégraphe, j’allais seule dans une salle et j’essayais de rester immobile jusqu ‘à ce que mon corps ait découvert un mouvement. Parfois, je réussissais ; souvent, j’étais incapable d’attendre assez longtemps. Alors, je me déplaçais au hasard jusqu’à l’apparition d’un mouvement honnête. C’est à partir de ces moments que je composais une danse. Mais, évidemment, les mouvements n’étaient pas tous vrais.

Maintenant, j’essaie de donner à mon esprit cette sorte de tranquillité qui permettra aux mots d’apparaître. Souvent, j’écris au hasard jusqu’à ce qu’un vers honnête apparaisse. Parfois, je dessine. Ou j’écris des pages de prose pour m’expliquer à moi-même une pensée, puis je les relis pour trouver quelques lignes qui sonnent vraies. C’est à partir de ces lignes que je construis un poème.

La poésie – l’art – est une entreprise d ‘ordre spirituel explorant le mystère dans lequel nous vivons.

Lire un poème, c’est chercher son chemin sur une carte – une carte qui peut vous mener en un lieu tout à fait inattendu, une carte qui peut vous égarer, ou qui peut vous conduire en un lieu que vous reconnaissez, mais dont vous ignoriez le nom. Ou bien … il n’y a pas de carte. Ecrire un poème, c’est être pris dans une spirale, tourner en rond, avancer et reculer jusqu’à ce que les vers trouvent leur place.

Poème inédit

poème inédit

Bio-biblio

Katrinka Moore a grandi à la campagne, dans l’état du Texas, et vit dans la ville de New-York. Elle a commencé par être danseuse et choréographe. Elle est aujourd’hui un poète lyrique qui compose aussi des poèmes visuels et des collages. Elle est l’auteur de deux livres : Thief and This is Not a Story. Ses œuvres les plus récentes sont disponibles sur les sites de MungBeing et Otoliths :

[http://www.mungbeing.com and http://the-otolith.blogspot.com].

Dossier proposé et Traduit par Christian Garaud
 
 
Version originale américaine

Autoportrait

 

These days I look for slowness and quiet in a large city.

But when I was young I was fast in a slow place.

No longer this child but think I am —

 

Girl stands on a galloping

horse / bare feet grip

either side of the back

bone / hair swept, tail

in the wind / earth rushes

horse runs / girl curls

her toes, hangs

on, hangs on

 

 

Mon idée de la poésie

 

 

When I was a choreographer, I would go in a room alone and try to be still until my body discovered a movement. Sometimes this happened; often I was unable to wait long enough. So I would move around randomly until an honest movement appeared. Out of these moments I built a dance. But of course not every movement was true.

 

Now I try to still my mind to allow words to appear. Often I write randomly until an honest line appears. Sometimes I draw. Or I write pages of prose trying to explain a thought to myself, then reread it to find a few true lines. Out of these I build a poem.

 

Poetry — art — is a spiritual endeavor, studying the mystery we live in.

 

Reading a poem is following a map, one that leads you somewhere you may not expect, one that gets you lost, one that takes you to a place you recognize but never named. Or — no map. Writing a poem is spiraling, looping forward and back until lines fall together. Maybe making a map.

 

 

 

 

Poème inédit

k

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Katrinka Moore/Une Idée de la poésie XIII

Séverine Castelant/Une Idée de la poésie XII

Séverine Castelant

Séverine Castelant

 

Avec Séverine Castelant, nous pouvons lire une Idée de la poésie liant le geste au verbe ; l’être est corps, le corps est être ; l’idée naît des organes mais est aussi l’organe même de toute danse, de toute poésie. Si j’extrapole, j’extrapole bien peu, ne dit-elle pas : « C’est un dialogue-entre soi et soi-un soi que personne ne soupçonne, même pas toi. Celui du cœur du corps jusqu’à l’os, même la moëlle dans l’os a des choses à dire. Va chercher entre chaque parcelle de chair, entre chaque fibre musculaire, il y a de l’âme partout. » OB

***

Autoportrait

Je ne sais pas écrire. C’est la vérité et ce n’est vraiment pas grave. Je n’écris pas pour savoir écrire, l’essentiel est que j’écrive.   D’abord, ça se prépare, dans le corps, devant les yeux, de jour puis de nuit, dans les couleurs environnantes, dans les bruits du quotidien, ça devient plus pressant comme un accouchement silencieux et imminent. C’est bien de cela dont il s’agit : donner vie, à soi-même, à son propre corps, à son être le plus profond, logé à l’endroit le plus reculé de soi, au milieu des autres et du monde.   Mon acte d’écriture tout personnel a quelque chose d’organique, presque animal, c’est par mon ventre que les choses s’initient et ce qu’il s’y passe n’est jamais très paisible. Tout réside dans ce qui s’engage dans les membres au moment où ça commence, dans la main qui bouge, dans les intestins qui brûlent, une fièvre, un autre état. Tout est dans le geste, ce que je suis, ce que je deviens quand j’écris. Une part de moi-même jusque là ignorée, ou dont je n’avais peut-être pas conscience émerge à la surface et c’est toujours une découverte. Alors, j’essaie mes phrases, mes sensations, les mots se frottent, se cognent, coulent, suintent et s’ils finissent par jouir ensemble, je pose le stylo. Le résultat ne m’importe pas, l’essentiel est déjà passé.   Il y a des jours où ma tête ne sert à rien je suis un ventre tordu de pensées acides un espace à vif dans un tube aux parois toujours très problématiques j’essaie de panser les angles les écorchures mais il n’y a rien à faire il y a des jours où j’ai les tripes à ciel ouvert

  ***

  Mon Idée de la poésie

Cédric Demangeot, poète et ami, m’a dit un jour : « la poésie ressemble à la danse, toutes deux s’amusent avec ce dangereux déséquilibre du bout de la phrase. » La chute est imminente, la voix tremble et le mot suivant renvoie le corps ou le vers haletant, ailleurs, de justesse. J’aime ce rapprochement élégant entre le mot et le geste. La poésie est un ballet, une brève pièce chorégraphiée qui doit trouver son espace dans le vide et son équilibre entre un propos et une forme, et pour que le tout sonne juste: être, sans chercher à être. Le beau vient du vrai, de la simplicité avec laquelle l’auteur (ou le danseur) se donne aux autres -car il s’agit bien d’un don- l’inverse ne peut exister. J’aime aussi que ces deux arts, fortement ancrés dans le sol, les racines, la terre, jouent de ce subtil mélange entre animalité et délicatesse : explosion contrôlée ou dévoilement violent d’une intimité sans artifice.   C’est un dialogue-entre soi et soi-un soi que personne ne soupçonne, même pas toi. Celui du cœur du corps jusqu’à l’os, même la moëlle dans l’os a des choses à dire. Va chercher entre chaque parcelle de chair, entre chaque fibre musculaire, il y a de l’âme partout. Laisse-la prendre corps. Laisse ce corps dire qui tu es ou juste que tu es.   La poésie, qu’on la lise ou qu’on l’écrive, m’apparaît comme une recherche permanente d’un soi au- delà de soi : un soi plus intense, plus extrême, un soi à la recherche du bout de soi ; elle est d’emblée efficace, elle prend peu de détours, elle est provocante, saisissante : elle vient chercher l’homme au fond de l’homme.

***

Poème inédit      

(heureuse)

un peu de lumière égrenée sur les ordures puantes du trottoir   le vent trimbale les idées sales de la nuit les dépose simplement ailleurs   la sueur les odeurs glissantes dont le désir parle fort dans le noir avec des mots crus   sèchent à l’air   du temps   le soir et sa tendance à réapparaître avec la régularité de ce qui coule entre mes cuisses   je suis une femme intellectuelle alors je déshabille mentalement ma peau   en rêve j’incendie des rétines   dans ce tissu nocturne une autre peau se frotte -carcasse féline- à cette gravité animale et malodorante celle que cherchent les corps sur les parquets pourris   heureusement au matin je suis une femme qui a tout pour être

***

Bio-bibliographie

Séverine Castelant est née en 1978 dans le Val d’Oise. Elle enseigne aujourd’hui à Rodez. Passionnée d’arts, elle tente de conjuguer la pratique de la danse contemporaine et l’écriture poétique. Après avoir codirigé la revue 17secondes, elle fonde Gelée Rouge, revue de poésie contemporaine numérique.   Elle a publié divers poèmes dans quelques revues : Paysages écrits, le Capital des mots, et Cohues.

revuegeleerouge@gmail.com

www.geleerouge.blogspot.fr

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Séverine Castelant/Une Idée de la poésie XII

Silvaine Arabo/Une Idée de la poésie XI

Silvaine Arabo par Jacques Basse

Silvaine Arabo, c’est une conversation à distance, faite de peu de mots qui composent, un à un, le lien rare et respectueux des authentiques amitiés virtuelles. Quelqu’un pour qui la poésie est l’essence même de la vie, l’essence même de l’être, puisqu’elle est souffle, puisque sa source pulse en nos tréfonds.

Je lui dois Fragmentaires publié aux Editions de l’Atlantique, malheureusement défuntes à ce jour.

***

Auto-portrait

Auto-présentation

J’ai choisi de vous parler de la manière dont se gestent en règle générale mes poèmes…

 

Parfois j’écris d’un seul jet. Une veine d’inspiration surgit et je la suis, comme un fil (cela a été le cas pour ma Ballade de Chef Joseph). Ensuite bien sûr il y a tout le travail de correction, de mise en forme, de structuration… toute la part plus intellectuelle mais il ne faut pas que celle-ci casse l’élan premier et c’est là toute la difficulté. La poésie nous dit sur nous beaucoup plus que ce que nous ne savons mentalement, avec notre conscience de veille étriquée. Laissons-la surgir, ouvrons les vannes ! Ce sont celles des profondeurs de notre inconscient… ou, peut-être, de notre supraconscient. Ensuite il sera toujours temps de biffer, de structurer. A d’autres moments sont donnés des mots, une phrase… Paul Valéry disait que si les premiers vers sont “accordés”, comme par grâce, les autres doivent ensuite se hisser à leur hauteur. Et cela demande un vrai travail.

 

D’autres fois c’est en lisant ou en écoutant de la musique que vient l’inspiration : j’ai ainsi composé mon tout premier poème mais aussi mon 1er recueil en écoutant de la musique de Schubert (j’étais comme en liaison harmonique avec ce musicien) et commencé mes Chants de la Magdaléenne après avoir lu le magnifique livre de Jacqueline Kelen : L’amour de Madeleine; parfois c’est la lecture de quelques vers d’un autre poète qui amène l’inspiration : mon Kaléidoscope de la mémoire est né après que j’aie lu quelques vers de Léon-Paul Fargue. De même Temporalité des miroirs a surgi peu à peu alors que j’étais plongée dans la lecture du poète grec Odysseus Elytis. Il y a comme une clé harmonique de fréquences entre l’oeuvre inspiratrice (musicale, littéraire ou autre) et l’oeuvre inspirée. Elles sont en mystérieuse correspondance… du moins par rapport à la personne qui crée et se laisse emporter par le souffle créateur de l’autre pour en ramener sa perle à soi, sa création propre.

 

J’écris toujours en disant à haute voix les vers (ou la prose) que je suis en train d’écrire : cette sorte de psalmodie – qui donne en quelque sorte la fréquence, le “la” du poème à venir – induit elle-même la suite du texte qui se nourrit ainsi peu à peu de lui-même pour continuer à se développer. La musique des mots, le rythme de la phrase (le souffle donc) jouent un rôle important pour continuer de propulser la création. Et ceci est valable aussi et ensuite pour les corrections qui se font toujours en donnant la priorité à la musique et au rythme, donc au souffle psalmodié.

***

Mon idée de la poésie…

 Je me suis toujours battue contre cette idée selon laquelle le poète serait un « doux rêveur ». Le (véritable) poète, selon moi, est tout l’inverse : il est ce que j’appellerais « l’homme du réel absolu » (expression qui doit bien faire rire aujourd’hui, dans cette dictature établie et conventionnelle de la pensée nihiliste, considérée comme LA vérité). L’homme du réel absolu est pour moi celui qui tend, à travers l’art et son ascèse obligée, vers un dépassement de soi l’acheminant vers un état de conscience plus élevé. Ainsi, j’ai toujours été fascinée par les expériences réellement métaphysiques qu’ont été les cheminements de Mallarmé ou de Valéry. Sans aller jusqu’à ces sommets, tout vrai poète « travaille » avec le Verbe et touche donc là à quelque chose, me semble-t-il, d’extrêmement mystérieux en son essence et, à l’évidence, transformateur.

J’aime l’expression d’Eluard : la poésie doit « donner à voir ». Cela sous-entend qu’on ne « voit » pas tout, évidemment, et il s’inscrit là – et je le suis tout à fait – dans la ligne de ce que Rimbaud, Hugo (ou même Ronsard) écrivaient du poète : il est un « voyant », dans tous les sens du terme (se reporter à la Lettre du voyant de Rimbaud et à l’idée du poète-médium qu’ont développée Hugo mais aussi Vigny et d’autres encore…).

 

La poésie fait appel au subconscient – et à l’inconscient –, bref à ce que Jung appelait « la psychologie des profondeurs » (en sachant qu’en latin c’est le même mot qui désigne la profondeur et la hauteur). Je pense que c’est une des raisons qui ont fait que Bachelard, au départ philosophe des sciences, s’est tourné vers l’étude de la poésie et a par la suite écrit ces magnifiques ouvrages que sont L’air et les songes, L’eau et les rêves, La psychanalyse du feu ou encore La terre et les rêveries de la volonté. Les poètes gagneraient à le lire. Nul ne les a mieux compris que lui et il représente une véritable source d’inspiration.

Et puis la poésie est l’art de « l’ouvert » : elle joue sur les ambivalences parfois inépuisables du mot, elle dit toujours plus.

 

J’écrivais en 2009 dans la revue Poésie/première n°44, page 70 :

 » La poésie, par ses images, ses métaphores, ses analogies qui recréent l’unité du monde, par son rythme accordé à la musique (…) la poésie casse les structures rigides du mental (l’intellect rationnel) et nous fait ré-accéder au rythme ample et généreux du monde. Elle rouvre des portes et est ce souffle qui nous aide à mieux respirer, qui nous force à voir les choses autrement, comme si elle était une fréquence supérieure de la Conscience. En ce sens elle est subversive et révolutionnaire. Mais une révolution d’ordre intérieur (spiritus, en latin, c’est le souffle – et la poésie n’est-elle pas ce souffle qui court et que l’on essaie de mettre en mots ? N’est-elle pas, en ce sens, éminemment spirituelle ?) « 

***

Poème inédit

BLASON

Le Grand Dragon déroulait ses mythiques anneaux. La tête, tout là-haut, scintillait. Corps d’ombre. Quelques taches claires, ici et là, éclaboussaient l’espace, se noyant dans la lumière, s’y dissolvant même, étincelantes.

Le Grand Dragon là-haut souriait, pensivement pourrait-on dire, pris tout entier dans la densité bonne de ce prodigieux battement cosmique qui faisait comme une source. Intarissable.

Il souriait, rassemblant en lui le temps – des éons !

Comment, une fois de plus, avait-il pu se laisser prendre à l’illusion de cet anneau minuscule qu’il avait lui-même baptisé « moi » ? Comment cette grossière identification une fois de plus avait-elle été possible ?

 

C’était chaque fois la même chose !

 

Une fois de plus il avait confondu le Jeu avec le je… et la pièce était devenue sinistre ! Une fois de plus il avait rejoué la même partition : une fugue sans fin ni commencement dans laquelle chaque note se croit isolée des autres, autonome… une sorte de cancer de la musique !

Et le cancer l’avait rongé… Ombre était son corps, ombres… folie !

 

Mais à présent, là d’où il était, il voyait, il savait, co-naissant à Lui-Même.

 

Pourtant ce n’était pas dans les éthers, il en était certain, que s’inscrivait le pouvoir véritable : le secret de la grande force transformatrice, c’était la Terre qui le portait ! C’était cette matière – apparemment inerte et générant en soi l’oubli – cette matière même qu’il fallait travailler, baratter : les deux pieds enracinés dans le sol, la tête dans les étoiles.

 

Le Grand Dragon avait rallié sa mémoire essentielle : une mémoire universelle, fulgurante, immédiate, qui embrassait, embrasait Tout.

Et le grand corps bruissait, de ses moires secrètes, de ses replis d’ombres, qu’il fallait transmuer.

Il éclata de rire. De ce rire définitif qui sait la réalité. La réalité du Jeu, du grand Jeu cosmique : s’impliquer sans s’identifier ! Facile là-haut : verbe étincelant, épée des Hespérides, salves d’aubes, blancheurs sacramentelles !

 

Mais en bas ? Tout en bas ?

 

C’était cela la longue marche : chaque petit anneau – et ils étaient innombrables, grains de sable dans le désert – devant réaliser sa juste place – sa conscience d’Etre – dans l’identité suprême du Grand Dragon : illuminant sa matière, la résolvant en autre chose, impossible même à concevoir pour les petits anneaux d’ombre.

 

Le Grand Dragon là-haut Voyait, Savait… et il riait, il riait !

 

Alors encore une fois, calmement, il conçut en son coeur un anneau de chair et, sans regret, de nouveau il s’emprisonna dans la petite boîte mortelle.

 

Il savait, par-delà la souffrance, la mort, l’oubli, il savait l’énorme enjeu du temps. Il savait que de lui un jour surgirait la magie transfiguratrice du Verbe : un verbe incarné, tissé dans la substance de chaque petit anneau, un verbe Un et conscient, une fois pour toutes établi sur la terre.

 

Et la grande marche alors se poursuivrait

au milieu des splendides averses…

***

Bio-bibliographie 

 Silvaine Arabo fut professeur de lettres et chef d’établissement scolaire. Elle est née ‒ et vit actuellement ‒ en Charente-Maritime (France). Elle a fait paraître à ce jour 29 recueils de poèmes (publiés pour la plupart chez Editinter, La Bartavelle-Editeur, dans la Collection du Club des Poètes, chez Clapàs, Encres Vives ou encore chez Guy Chambelland…), quatre recueils de Réflexions et Aphorismes et deux essais.

 

Ses textes ont paru dans de nombreuses revues, tant françaises (L’Arbre à Paroles, Arpa, Jalons, Résurrection, Poésie/première (invitée d’honneur), Les cahiers de la rue Ventura (invitée d’honneur), Pages insulaires (invitée d’honneur), Jointure, etc.) tant françaises, donc, qu’étrangères (revue canadienne Arcade (invitée d’honneur), Roumanie, Inde – revue PPHOO). Elle apparaît dans une dizaine d’anthologies contemporaines et sa poésie a été traduite en anglais, espagnol, roumain, hindi, italien et tchèque.

 

En 1997 elle a créé sur Internet un site : Poésie d’hier et d’aujourd’hui, présentant plus de 100 poètes contemporains (aujourd’hui ravagé par la publicité et quasiment illisible…) et, en 2001, la revue « de poésie, d’art et de réflexion » : Saraswati dont elle vient de faire paraître le numéro 12 sur le thème « La poésie hispanique contemporaine » (parmi lesquels Arrabal, Alicia Aza, Luis Mizón et Maria Baeza).

 

Silvaine Arabo conduit parallèlement un travail de plasticienne et a exposé à Paris, en province et à l’étranger (Chine, Japon) où elle a remporté plusieurs Prix d’honneur pour ses œuvres. Elle illustre de ses encres les couvertures de la Collection Encres Blanches (Editions Encres Vives) ainsi que les recueils de nombreux poètes.

 

Elle fut directrice littéraire des Editions de l’Atlantique auxquelles elle apporta par ailleurs une contribution administrative bénévole.

Quelques avis…

 

Jean Rousselot évoque la poésie de Silvaine Arabo «…dont le Souffle, écrit-il, transcende les mots, les idées et les choses d’ici. »

Pour Jean-Pierre Rosnay, éditeur et poète :

« Silvaine Arabo est assurément l’une des plus belles et hautes voix de la poésie actuelle. »

Et pour Jean-Marcel Lefebvre, poète et critique :

« Rares sont les poètes contemporains qui font preuve d’un souffle aussi porteur que celui de Silvaine Arabo… On pense à du Saint-John Perse révisé par Jean Grosjean. »

Contact : minu.gati@wanadoo.fr

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , | 2 commentaires

Cécile Guivarch/Une Idée de la poésie X

Cécile Guivarch

Cécile Guivarch

Cécile Guivarch, responsable du site Terre à ciel, donne à son tour son Idée de la poésie. Quelqu’un qui prétend toucher la terre et le ciel, car j’entends ainsi Terre à ciel, touche les deux absolus : l’aplomb du pied, la prétention de l’âme ! Dès lors, il eut été curieux de ne pas l’inviter à dire sa propre Idée de la poésie.

« L’histoire commence quand elle nous croque », dit-elle, jouons le jeu et, lisons !

 

Autoportrait

 

ce que je fouille

j’extirpe de l’arbre

ce qu’ils en disent mes ciels

mes très vieux

ce qu’ils revivent sur la page

ou dans un bout de tête

ce qu’il reste de mémoire

je creuse autant que j’en sors des tas de racines

qui me lient la langue à ne plus savoir jusqu’où elle va la langue

elle le saurait qu’elle donnerait la voix au poème

si elle sait ce que c’est le poème

si elle sait d’où elle vient la langue

 

Un oiseau chante d’autant mieux qu’il chante dans son arbre généalogique aurait dit Cocteau.

 

 

***

 

 

La poésie ?

 

il y a qu’on s’en approche

comme on s’en éloigne

qu’on vient de près ou de loin

ou bien elle suit le mouvement

 

si elle est partout

dedans comme dehors

si elle s’écrit si elle se vit

si parfois elle dort

 

l’histoire commence

quand elle nous croque

nous fouille à l’intérieur

nous secoue

 

quand elle nous rend état second

quand elle ressort par nos mains nos bouches

qu’on aurait jamais cru ces choses-là

et qu’on se vide avec elle

 

 

***

 

 

Extrait de Mon abuelo Jesús, inédit

 

Je te cherche et je ne comprends pas

les uns partis d’ici pour quel pays

 

je ne comprends pas la liberté

ce qu’elle avait de rêves

 

puis ce qu’elle a coupé d’ailes

 

 

Tu ne pouvais parler qu’à demi-mots. Quelle allure avaient les mots ainsi coupés en deux ? J’imagine ta langue pliée en deux, ou s’avançant à demi dans la bouche. Et le souffle que tu avais alors. Il n’y en avait presque pas, un souffle à demi. Les mots n’avaient plus le même sens. Chaque mot disait ce que tu ne pensais pas. Ou alors ils se déformaient dans ta bouche. Cela revenait au silence. Se taire avec une langue qui bouge à demi. Parfois, les mots se disaient à la hâte. Des phrases murmurées très vite, à peine audibles mais dont vous saviez ce qu’elles signifiaient. Tu vivais caché dans la langue.  Elle tournait sans faire de bruit et ça devenait dangereux. Pour toi, pour eux, pour elles.

 

Tes mots dissimulés dans des bouquets

ta langue chargée de fleurs

dit quelque chose

 

 

***

 

 

Bio-bibliographie

 

Née en 1976 près de Rouen d’une mère espagnole, d’un père français, je vis depuis 2003 à Nantes. J’anime le site Terre à Ciel.

 

Terre à ciels, Les carnets du dessert de lune, 2006

Planche en bois, Contre-Allées, 2007

Te visite le monde, Les carnets du dessert de lune, 2009

Coups portés, Publie.net, 2009

La petite qu’ils disaient, Contre-Allées, 2011

Le cri des mères, La porte, 2012

Un petit peu d’herbes et des bruits d’amour, L’arbre à paroles, 2013

Vous êtes mes aïeux, éditions henry, octobre 2013

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Cécile Guivarch/Une Idée de la poésie X