Poèmes à la main

Tous les poèmes sont à la main, à la tête, au corps et à l’œuvre. Tous les poèmes sont fabriqués, sont objets, sont idées, en même temps. Tous les poèmes sont de chair et de souffle, mais tous nous parviennent, le plus souvent, désincarnés, défaits de leur cœur et de leur sang, un peu distants et froids. Par ces Poèmes à la main, nous voulons dire cette vérité essentielle : nos poèmes sont notre empreinte et notre lien sensible à l’autre, de notre main destinés à votre œil.

Nous sommes 18 poètes à nous être livrés à l’exercice, que nous écrivions à la main, ou que nous ayons repris notre texte écrit initialement sur clavier.

Que mes compagnons d’écriture soient tous remerciés…

***

Alain A.

http://derives.free.fr/fra/strozzi_vierge_milan_3hd.JPG


L’ange d’un tableau

De la vierge de Strozzi

Jouait du rebec.

Comment dire la beauté éblouissante de cet(te) Ange musicien ?

Continuer ?

Le travail sur les mots et le rythme m’amène à enlever justement tout adjectif valorisant

Et juste à écrire une prose équilibrée et même retenue,

En respectant les règles du haïku 5/7/5

L’écriture  poétique menant ainsi à la disparition de toute floriture justement parce que je ne peux rendre l’émotion, ni restituer la beauté  de l’ange ni mon trouble devant ce travail de peinture que je trouve éblouissant

Evidemment le premier jet a été « éblouissant »

Mais « l’ange éblouissant » ne dit rien

Le mot « rebec » m’est donné par ma sœur musicienne et spécialiste justement du baroque et des instruments anciens, il est beau rare, curieux, il sonne et en plus il est précis

Je suis sensible à l’ambivalence de l’ange

Masculin ou féminin ? dans les deux cas ce personnage est désirable

On se demande ce qu’il fait sous cette vierge insensible

Les personnages au dessus n’ont aucune personnalité, ils sont des espaces, la vierge est surtout cette masse bleue  qui s’étend et joue avec les ors qui l’enchâsse

Personnellement je ne vois pas tellement l’enfant,  il ne m’intéresse pas, il est au centre mais nullement ligne forte, il distribue plutôt l’organisation du tableau mains, pieds, qui indiquent des espaces

Les lignes fortes sont dans les distributions géométriques des masses, en triangle,

Et dans le travail fabuleux des couleurs des côtés

Et dans les plis des vêtements

Les anges et particulièrement celui de gauche sont des vignettes ayant leur totale autonomie pourtant ils s’enchâssent dans l’ensemble des côtés et les contrastes saisissants des couleurs

Reste l’énigme de la musique

Que joue le rebec ? il accompagne des danses, qu’est ce qui monte ainsi au ciel, aux oreilles divines

Mais pourquoi est-il est-elle si désirable ? dans cette langueur, dans ce désir, dans cette rêverie créatrice ?

Plus vivant plus dessiné que les autres.

Le poème  ou plutôt les quelques mots rythmés et distribués à l’économie ne développent rien mais ils indiquent au lecteur

L’objet de la méditation

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Philomène Anziani

 

Un poème ! A-la-main, alamain,

ALAMAIN jeu de vilain…

Oh, le vilain méchant jeu

qui consiste à écrire à la main,

à la plume, plume de pain !

Mais non, plume de pain,

ça n’existe pas…

c’est plume de paon,

qui se prononce PAN !

Pan ? En plein dans le mille !

Comment dans le mille,

le mille bornes… le mille feuilles…

Au fait quelqu’un s’était déjà essayé

à compter les feuilles…

d’un mille-feuilles!

Parce que c’est un vol manifeste !

Le mille-feuilles n’est jamais composé de mille feuilles…

Au mieux une dizaine…

Mais enfin il y a des feuilles !

Des feuilles d’automne qui se ramassent à la pelle

ou des feuilles pour écrire dessus…

ALAMAIN, jeu de vilain,

et patati, et patata et pâte à pain…

Jeannine Anziani (Philomène pour les slameurs………….)

à la main

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Olivier Bastide

 

 

 

 

Chemin constant

 

Que veut l’ombre du peuplier ?

L’oracle ne s’entendra qu’à l’heure dite. Nous serons maîtres d’œuvre du jour avec l’oiseau et l’herbe neuve. Nous fonderons nos murs sur des principes d’aube ; nous n’attendrons pas le soir.

Lignes de fuite et d’horizon armeront nos regards. En grande révérence à l’Esthète et au Sage, nous écrirons nos destinées.

Brise douce du temps levé.

1er octobre 2011

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Elena Berti

 

Elucubrazione

tempo lento e inarrestabile,

tempo di luci e di oscurità,

tracciati immaginari di percorsi inventati.

Cercare nei corridoi dell esistenza le porte delle risposte

alcune sono rimaste aperte e inaccessibili

altre chiuse a chiave per sempre.

Elucubration

Temps lent que l’on n’arrête pas,

temps de lumières et d’obscurité,

tracés imaginaires des parcours inventés.

Chercher dans les corridors de l’existence les portes des réponses

certaines sont restées ouvertes et inaccessibles

d’autres fermées à clé pour toujours.

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Michel Bourçon

 

les arbres de la fenêtre

me font des signes

pour m’inciter à me plonger

dans le vert sombre

à travers leurs branches

parmi lequel je vois

des visages enfuis trop tôt

le ciel est des toits

caressés par les nuages

qui poursuivent là-bas

dans d’autres feuillages

où sourient encore mes visages

pendant que j’observe

le spectacle de mon vieillissement

et mes intentions se défaire

comme feuilles au vent

que regarde passer devant lui

l’arbre dépouillé.

Michel Bourçon

05/09/2011

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Valérie Brantôme

 

Rien en moi qu’une poussée affolante de dépossession,

d’humilité vagabonde, de rupture.

Pierre-Albert Jourdan (Lettres à Fabienne)

Un grincement de cordes dans l’ordre accidentel du monde. D’antiques secrets sont là qui survivent, que l’on exhume de ces pulsations de silence. Ils ont parlé de la descente en eaux-mortes, de l’affalement vers le bas-côté du monde qui suit la détonation.

D’un quai abrité, ce fut pourtant comme jeter au large sa chaloupe, chercher son salut dans l’immensité d’un bleu où plus personne ne vient creuser la terre des humiliations. Temps de faille où choit l’existence, nulle porte à ouvrir pour gagner le lieu du désir. Mon sang si plein de toi.

Dans les eaux d’Hippone où vient germer le sel de l’oubli.

VB

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Louise Brun


Dépôt et cendres (texte et dessins)

Dé-pôts (peaux) et cendres

Dépôt – aime – et des cendres

Faire dépôt (de ?)

La peau, aime.

S’immerger et descendre sous

La peau. Jeter les cendres comme un geste

Impossible. Retenir, retenir encore / Ne pas perdre

Ne surtout pas perdre de – (temps, de soi, d’Autre ?)

Ne pas / Rester en deçà peut-être –

Ne pas.

Les peaux aiment et respirent. Sous la cendre le temps et l’espace

Se font plus confus. De lointains souvenirs remuent des confusions plus souterraines,

Palimpseste de l’absence ou de la

Transparence

Densité fluide,

Au bord de-

L’évanouissement

Louise Brun 2 octobre 2011

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Raphaële Bruyère

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Michel Chalandon

Sortant, obscur.

Sortant de rien et quittant tout, on s’allonge, on reprend, on pense, on étire le fil, le fil en long, sur la largeur de rien à rien, tout est en place, tout recommence en sortant, en sortant sur le sol, sous le pied les pierres flambent, flambent, le long, le lent, le train posé, le long sursaut, la voix tendue

on se prend à se faire des mystères, à chercher son ombre dans le reflet, la vitre tourne, le temps est lancé, le visage est calme, la peau est étirée, on se reprend et on espère, on y refait le chemin long, le grand élan, la joue en feu posée sur le devant, les cailloux tranchent, la peau est étirée, parfaitement

posé au sol, ô, sur le poids des pierres qui pensent, ils y sont bien, ils en retournent, le temps est clair et tout enchante, la chaleur, le temps long, le regard clair, la tête fraîche, malgré tout, malgré tout le poids si lourd, la peur tremblée, le remords si curieusement singulier, la vie est lente, lente,

les yeux ouverts, la voix posée, le chemin ouvre, ouvre au soleil, aux nuages, ouvre les bras, cherche le temps, pose les yeux sur les cailloux et courbe toi sur ton ouvrage, tu poses un a un les fils et les chansons, les vœux exaucés, la joue tendue au baiser, l’émotion dans le regard noyé au soleil

à la chaleur, le vent est calme, le jour est long, les arbres penchent et frôlent le ciel et la raison, le pardon est en marche, sur le rebord, sur le rebord, il penche et berce ses paroles, il est arrêté par les feuilles, il est obscurci de pierres, une à une entassées, au chantier, aux murailles, des outils

pour la saison, du bien tendu qui le réclame, ô penchez sur lui un regard calme, un frémissement sans retenue, une expression sur les arcades, les sourcils froncés, l’œil plié face au vent, face à la déraison, loin, loin du sommeil, de la fusion, la peau tendue à rendre l’âme, le cœur pris sur le temps,

le cœur en transe, pour la chance, ô il se dit le temps est revenu de boire l’azur, de contempler une saison nouvelle, de feu et d’herbes sèches, de choses étrangement dites, de frisson sous l’eau, la vue est immense l’horizon est grand, le cœur est obscurci de volonté et de mots sans suite, perdus,

il y va, il y va, il est et il sera, en avant sur la rive, tout droit et sans retour, sa saison brûle, le cœur est calme, il faut, il faut se tendre et se pencher d’une pierre à un arbre, d’un souvenir à un calcul, d’un trop perdu à une rencontre de traces laissées dans la neige fondue, il rampe et il escorte

ses souvenirs et ses images, il plie, le poids est lourd, la charge est au panier, les fleurs séchées, du tas de pierre à la clarté, il est vigilant et sincère, il abandonne le temps au temps, le tiers au quatre, la ritournelle aux sensations, le chaud du vent le brise et se consume, il attend, il compte

sur ses doigts les oiseaux qui retournent les tas et l’herbe sèche, fleur éteinte, fleur fanée, il compte et ses doigts plient, il est tendu et noir, obscurci, sa main tendue fait l’ombre et tranche, il compte et ses doigts manquent, il en est à onze, onze, pourquoi, il est tendu sa main a tranché le soleil.

09 Juillet 2011.

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Hélène Dassavray

 

Zone fumeuse

Arc-en-ciel sur tapis vert

Ciel, lune, étoiles, fusées galactiques

Une voix douce et lactée

Nous susurre à l’oreille

Une mélopée physique

Le sens de la vie m’échappe chaque jour davantage

A la vitesse de la lumière

Fendant la foule des âmes perdues

Du faîte du chêne parasol

En rappel corporel

L’éternité n’est qu’abstraction

Le sens de la vie passe de l’automne à l’acte

La figue mûre tombe de l’arbre

Au coucher le soleil s’exprime

A cœur vaillant rien d’indicible

Nul risque qu’on nous dérobe

L’odeur de la terre sous la pluie

Le sens de la vie pourrait bien être giratoire

Hélène Dassavray

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Sylvie Durbec

 

Entre parenthèses

 

(Chaque fois que l’un d’entre nous meurt

est-ce que chaque fois un petit dieu meurt aussi ?

le sien, bien sûr, mais aussi l’un des nôtres…

 

Lorsque à mon tour je mourrai, dit  la petite Virginia,

quels petits dieux seront tristes de ma disparition ?

Peut-être celui des questions et des vélos ?

Je n’aime que les dieux très petits,

les grands, uniques ou multiples,

ne me plaisent pas beaucoup,

trop puissants, trop absents.

Alors, dit-elle encore, la bouche pleine de sons,

prions le petit dieu des disparitions

et des oublis.

Et puis.)

 

Sylvie Durbec

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Christian Garaud

 

Eve

C’est tout simple
Bad apples
Are
Bad apples

Du premier étage
Par la fenêtre
Mon père les jetait
Dans le jardin

Good apples
Dans l’assiette
Bad apples
Sur la pelouse

Et Eve
Dans tout ça
Good apple?
Bad apple?

Le serpent
Est au zoo
Dieu le père
A changé d’avis

Bad girls
Go everywhere
Good girls
Can go to hell

Christian Garaud

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Patricia Geffroy

 

Il n’y avait que le vent pour la faire taire

Lire mijotait ses hurlements

L’hiver entier, elle puisait son souffle dans la rouille des falaises

Ses mains fouillaient l’eau et la terre et c’était une algue à sa rencontre ses mains dans l’eau fouillaient le flux sa main encore fouillait aveuglée soudain sa main la marée fouille s’écaille sa main dans l’eau fragile fouille la terre en particules fibrilles et brisures du temps dans sa main.

Barque et banquise, une main borgne tournée vers le large

Une ombre

Au vent tout était dit

Patricia Geffroy

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Alain Helissen

Parfois

Longuement rien

Chacun terré muet

et pas message

Pas

***

alors écrire à soi

Comment remplacer l’autre

En son longuement rien

***

pas messager

pas

de la partie

pris ailleurs

pas dispo

pas prêt

pas connecté

passif

pas là

passé du plein au vide

***

pastèque et mou de veau

(à vous autres dévots)

***

Alain Hélissen

(inédit)

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Béatrice Machet

 


3 octobre 2011 Carcès

5h48 a.m ( avant midi ou after midnight)

 

<<<<<<<<<<<<<<<<<Peau …aime

exercice à la main

matinal

le salut

au soleil

quelque

soit                                           le soleil

la caresse … >>>>>>>>>>

 

 

 

 

Kokopeli (cultures Hopi et Pueblos) comme je le re-crée, le re-li(e)(s)

 

De l’aube au crépuscule

sur la piste de la beauté

guide-moi …

 

Quatre plumes dans le vent

posent le choix des quatre directions

à contre temps                                  à contre battement

 

Quatre oiseaux sacrés

sur leurs ailes grand-mère la lune

a déposé

la plénitude

qui pénètre mon cœur

 

Béatrice Machet

 

Un rituel sourire aux lèvres

qui ne conjure rien (je précise!)

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Méryl Marchetti

 

comme il ne cesse de mourir

dès qu’il ouvre les yeux

le monde s’endort

c’est l’interdiction de tomber qui fait durer la chute. Si nous résistons au monde il tourne plus vite

Il y a des lectures contre lesquelles on ne se tient debout qu’à coups de poing.

*

*         *

le système des articulations

qui se bloquent et s’entraînent

rétablissant leur engrenage

en se coordonnant

je nous gauchis par

la résistance du système accroît l’erreur

tailler de solitude · de nuque

dans chaque goutte susciter

une marche où prendre appui

remonter dans la déformation

constante de creux

L’appel en cours

Cette eau qui met de la jeune fille partout

*

*         *

ta surface par débit

nous transite

se réarrangeant

comme sous son propre poids

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Raphaël Poli

 

Les nuages s’étendent vite
et pourtant ils ont autant
l’air immobiles que des horloges
Le temps que je dessine une partie
L’autre a déjà changé si bien
que je ne peux vérifier les proportions

Raphaël Poli

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Marc Rousselet

 Aloysius ou

Le grand dérangement

 

Il n’est déjà plus d’aucune contrée, plus d’aucun feu et semble traverser une plaine inhabitée dont il a oublié le nom. Il vient de nulle part et ne sait où il va. Maintenant il a froid, l’obscurité l’a absorbé, ses mains pendent inutiles au bout de ses bras qu’il ne sent plus. Espère-t-il encore quand il erre dans une éternité qui prend tout son temps ?  Il ne se souvient de presque rien, pas même s’il est né. Il est si dépouillé qu’un  vent léger pourrait l’emporter. Rien ne peut lui être dorénavant consolation, assistance ou secours. Demain, sans pitié ni miséricorde, hors quelques rares moments d’embellie, il continuera de lacer le collet qui l’étrangle. Puis un jour, sans notaire ni abbé car il n’aura rien à léguer, il partira sans mémoire du monde et de nous.

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Valérie Rouzeau

Tout le long à la voie de chemin de fer

Pousse le pissenlit aux visages confiants mille

Y aurait-il un dieu jaune une joie

De fleur simplissime présente là

Personne ne s’arrête pour cueillir un bouquet

De pisse-en-lit dents-de-lion officinale taraxacum

Pourtant avec le bleu du ciel ça donne du vert

Ça se mange en salade amère se mâche

Longuement en rêvant mêmement

Kilomètres de pissenlits de ville en ville

Processions vaillantes traçant la route

Sont-elles sur la carte michelin sur le plan

Google earth en méridiens d’or pauvre

Parallèles du levant au couchant.

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