Recours au poème/Trois textes « américains » !

 Reçus de l’éditeur numérique Recours au poème, par les bons soins de Mathieu Baumier sur le conseil amical de Béatrice Machet : Avec vous ce jour-là/Lettre au poète Allen Ginsberg de Sabine Huynh, Tony’s blues de Barry Wallenstein et Vent sacré de Béatrice Machet. Trois livres atypiques dont le point commun évident est l’Amérique.

Ginsberg
Sabine Huynh use du prétexte de la « lettre à » (Quelle lettre !), pour écrire d’un même élan un témoignage et une biographie pleins de sentiment, d’émotion. Que l’on connaisse ou non Allen Ginsberg serait presque indifférent tant la force du texte réside dans la parole même de l’auteur,  dans sa capacité à dire, dans sa manière de dire, plus encore que dans ce qui est dit.

« L’écriture devrait être don de soi » écrit Sabine Huynh, dont la force est précisément dans ce geste, acte d’intimité immédiate, absolue.

TonysBlues

Barry Wallenstein, traduit par Maryline Bertoncini, met en scène en 16 poèmes Tony, ombre de personnage urbain, ombre car plus silhouette que personnage authentique. « Tristesse dans la salle de bain », « Je ne veux pas obéir/ni écouter les bruits qui courent », « t’es un crapaud terne Tony/dans un reste de ragout », ou encore « Tony, tu sais faire les soustractions ? », « une leçon apprise dans la fièvre/est un stigmate à jamais ». On ne perçoit Tony qu’au travers de bribes quotidiennes, quelques échos à distance et proximité mêlées de nos propres vies. Simple et direct, dérangeant car étrangeté et banalité se conjuguent dans ces poèmes qui pourraient ne pas en être.

Octobre14_02Pour finir, Béatrice Machet et Vent sacré. Vent qui court au fil de treize chants, les chants de treize poétesses amérindiennes qui se découvrent chronologiquement. Treize chants écrits en américain, car même s’il est dit la volonté de ces femmes d’exprimer aujourd’hui un lien intime à une culture disparue, par là d’en permettre sinon la résurgence tout au moins un écho, leur poésie emprunte la langue des blancs. Cet emprunt est obligé, mais n’oblitère en rien le sacré dont le cri ne peut se donner en citations, mais doit se lire dans le fil intégral des textes, par respect. Je me souviens de lectures partagées avec Béatrice Machet dans le cadre du Scriptorium de Marseille ; je me souviens de son cri qu’elle poussait inévitablement à un moment ou à un autre, cri authentique en décibels concrets. Ce recueil est un beau cri, en forme d’offrande, en guise de mémoire, en refus de tous les mépris.

Trois livres à part,  trois livres pièces du puzzle américain. Secouons-les et écoutons !

http://www.recoursaupoemeediteurs.com/

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